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Chronique du body combat 57

La reprise

Heureux, heureux. Oui j’étais heureux. Car, ce mardi soir était mon jour de reprise du body combat.
Trois mois que j’attendais ce moment, perdu dans le gouffre de cet infarctus qui m’avait enfermé dans la tristesse d’une vie sans sport.
D’une vie sans Body combat.
Depuis au moins un mois, on m’avait préparé pour cette reprise, prévenu sur le danger qui me guettait, qu’il fallait que je sois très prudent.

Manu m’avait affirmé :
-Pierre tu dois faire gaffe, le nouveau cours est particulièrement difficile, très cardio, peut-être qu’il serait mieux que tu te cantonnes à l’abdos-fessiers, c’est bien pour ton grand âge, il faut savoir dire stop.
Stan, plus élégamment avait voulu également me mettre en garde en me répétant une bonne dizaine de fois que ce cours était vraiment très dur et qu’elle avait toutes les peines du monde à le suivre.
Que nenni, je décidai de faire une impasse sur ces avertissements et je me ramenai frais comme un gardon à mon cours, harnaché de mon équipement haut de gamme composés de mes gants de combattant et d’une montre cardio flambant neuve qui resterait ma protection et mon indicateur de surchauffe.
Et le cours commença.
La première demi-heure se passa parfaitement bien.
Avec prudence je suivais les chorégraphies tout en m’assurant que mon cœur ne dépassait pas la fréquence basse autorisée.
Alors.
La confiance de mon état revenue, je pris mes aises en accélérant le rythme.
Et.
Ce qui devait arriver, arriva.
Je tombai inconscient au beau milieu de la salle et restai allongé sur le dos, les bras en croix avec seule mon esprit éveillé, mais avec l’impossibilité de faire le moindre mouvement, le moindre geste.
La plus prompt à réagir fut bien entendu Pamela et son rêve de devenir sauveteuse à Malibu.
Elle plongea sur le sol et le ventre à terre, commença ses mouvements de crawl pour me rejoindre.
Marina commenta :
-Il lui faudra au moins pour 15 minutes pour traverser la salle !
C’est alors que j’entendis des pas à la manière kangourou qui s’approchaient de moi, c’était Stan avec ses sautillements si particulier qui arrivait.
Elle s’agenouilla à mes côtés.
Je frissonnai intérieurement de plaisir.
Du bouche-à-bouche !
Ses lèvres sur les miennes !
 J’allai mourir heureux !
Elle passa sa main sur mon front, ferma mes paupières grandes ouvertes, puis me pinça le nez, enfila un doigt dans ma bouche pour l’écarter doucement, je dirai même tendrement.
Oh délectation divine, apothéose de l’envi…
Une giclée de je ne sais pas quoi pénétra dans ma gorge et je l’entendis :
-C’est mon nouveau « déo » hyper fort, la vendeuse m’a dit qu’il pouvait réveiller un mort !
Mademoiselle Lapinou, appuyée sur un mur restait là, sans rien dire. Puis elle se mit à murmurer, dans ce bruit de succion qui la caractérise :
-Moi, je peux tous, les réveiller, même les plus récalcitrants !
Aïda qui dans son coin sirotait un verre de rouge en pensant que de toute façon, vu mon âge, c’était normal de je disparaisse, prit soudain conscience de sa responsabilité de coach.
Elle fouilla dans son sac, en sortit une bouteille en plastique qui laissait apercevoir un liquide rougeâtre recouvert d’une mousse verdâtre, elle en avala une goulée :
-Putain, il déchire celui-là !
Elle passa sa main sur son thorax, question de suivre le chemin que la boisson parcourait dans ses intestins, rota un bon coup et se leva pour courir vers moi avec ce médicament de providence qui pourrait certainement me ranimer.
Malheureusement, elle buta sur Pamela qui se trouvait maintenant, au beau milieu de la salle en qui s’activait à la brasse papillon, question d’avancer plus vite.
Affalée sur le sol Aïda vociféra :
-Putain ! C’est quoi tout ce sang ?
Elle comprit immédiatement d’où il venait en regardant Notre pauvre petite nageuse qui lui souriait, le nez complètement éclaté et le sourire partiellement édenté.
Bahram fit soudain son apparition, compulsant un petit livre qu’il tenait dans la main :
-Zisse is a book that my the queen donning to me. It saize A O to save pipole veri sic !
Puis il se met à lire le passage qui me concernait :
-You ave to open the mousse, and you poute your mousse on ça mousse  and you soufle in is mousse.
Il commenta.
Ho no my the god, zisse tecnis is veri degueu. Mai bi I use my little nice batteri and do the electro choc !

Meskerem arriva soudain avec sa technique gouloum gouloum :
-Danmatribuondonneungrandcoudepiédanlescoucounietteèsaréveil !
Heureusement pour moi Anne m’évita cet outrage et tenta de me faire sentir les chaussettes du beau Jean-Baptiste. L’odeur était vraiment infâme mais elle ne réussit pas à me réveiller.

Il en fut de même pour les nems de Yakoline cuisinés par son oncle Chan il y a une bonne dizaine d’années.
La grande sauterelle fouillait dans son sac pour trouver le téléphone qui était connecté au service des urgences, tandis que le p’tit Rémi, à genoux, s’était mis à suivre Pamela en imitant, la gorge en l’air, le cri du phoque.
Immédiatement il reçut une pléthore de victuailles dans la tronche.
Pamela arriva enfin vers moi, les genoux endoloris.
Elle essayait de se relever quand j’entendis l’infâme, l’affirmation qui me fit immédiatement ressortir de mon état comateux.
-Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit. Je sais faire le bouche à bouche ! Annoça Manu.

Vive le body combat !

 


 

 


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