Tweet 27/06/2011 Quiproquo

 

Il devait être 20h30 passé.
Rivé à son volant, la bouche entourée d’une auréole de graisse, il mâchouillait son nem tout en pestant contre la circulation qui ralentissait son avance. Ce soir ! Il l’avait rêvé depuis tellement longtemps et l’attendait avec une impatience maladive.
Dans aucun cas il voulait être en retard.
Enfin l’immeuble ou il partageait sa vie avec Chantal se présenta devant ses yeux plissés.
Il arriva sur sa place de parking, fit crisser ses pneus qui dégagèrent une fumée à l’odeur âcre et nauséeuse et, à peine à l’arrêt, il bondit de son automobile pour se ruer dans la cage d’escalier.
En entrant dans son appartement il cria :
« Bonjour chérie, tu as préparé mon bol de riz ?
- Oui, il est dans le micro-onde ! T’as qu’à le faire réchauffer ! »
Chantal, armée d’un marteau piqueur aux dimensions impressionnantes, s’attelait à démolir un mur dans le seul but d’agrandir une pièce qui lui semblait trop étroite.
Couverte de poussière, elle transpirait à grosses gouttes.
Elle se mit à penser : (eh bien oui une femme ça pense)
« Moi j’n'ai rien à envier à un mec… »
Phil la main plongée dans son bol de riz se goinfrait de son met favori. Son festin terminé, il rota puissamment, puis, se rua dans son fauteuil et alluma la télévision.
Comble du bonheur, il était arrivé au moment même où l’émission qu’il rêvait de regarder depuis très longtemps commença.
Chantal arrêta net son activité bruyante et pas mécontente de savoir que la soirée de Phil allait lui laisser un peu de liberté, elle dit :
« Je te laisse, j’ai rendez-vous avec une copine pour bricoler sur sa bagnole ! »
Puis revêtue d’un bleu partiellement couvert de graisse elle quitta son logis en jurant comme un pattier. C’est comme ça qu’ils font les mecs !

La télévision afficha le titre de l’émission. « La vie des scripts Chinois à l’époque Ming.»
Phil au comble du bonheur rendit à son petit écran un sourire de béatitude…

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Ce mardi soir j’étais un peu en avance pour notre cours de body combat. Avec surprise et contentement, je m’aperçus que Phil serait de la partie. Il avait revêtu un short aux couleurs bariolées, un t-shirt venant directement du pays au soleil couchant, des baskets jaunes et de petites lunettes de plongée.
Il se retrouva rapidement à mes côtés pour me raconter sa soirée qu’il pensait exceptionnelle.
« Alors il y avait ses scriptes qui portaient de longues nattes et qui écrivaient les pensées de l’empereur avec un habilité impensable. Et bien tu sais Pierre, j’ai décidé de me faire pousser des tresses.
-Comment ? Lui demandais-je étonné.
-Mes tresses seront longues comme ça, m’affirma t’il en déroulant sa main vers le bas. »

Chantal qui se trouvait non loin de nous et écoutait notre conversation d’une oreille peu attentive, pâlit soudain. Elle avala sa salive avec difficulté et fixa Phil d’un air désarçonné et presque méchant.

Venu arriva tout affolé et me dit :
« Pierre, j’ai oublié toutes mes affaires !
-t’as pas un copain qui peut te prêter un short, t-shirt ?
-Faut que j’aille voir ! »

Chantal observait Phil avec un air vraiment bizarre, elle fixa son regard puis, le suivit dans la direction où son doigt était pointé. Elle tomba sur nos body combattantes qui s’émoustillaient de propos frivoles.
C’est à ce moment qu’elle crut comprendre l’inavouable. Ce terrible mot qu’avait prononcé son ami résonnait dans sa tête « mes tresses, maîtresse, maitresse, maitresse… »
Phil avait une maitresse et c’était l’une de ces gourgandines !

Il fallait absolument qu’elle sache quelle était la coupable, la séductrice, la traitresse.

Soudain, Meriem se détacha du groupe pour rejoindre les toilettes. Chantal l’a suivie sur le champ et en quelques minutes le tour fut joué. Elle lui donna un bon coup sur la tête, puis l’attacha solidement aux latrines avec un bâillon dans la bouche et lui plongea la tête dans cuvette encore très sale.
« J’ai fait ça encore mieux qu’un mec ! Pensa-t-elle. »

Elle ressortit du lieu de ses méfaits, revêtue de la fameuse Burka qu’elle venait de chaparder à sa victime.
Immédiatement, elle se dirigea vers Phil.
Son don d’imitatrice lui permit de parfaire son subterfuge :
« S’y va Phil, On s’kiffe grave, j’suis gredin de toi, j’suis ta meuf pour sûre ! »
Phil l’a regarda avec étonnement
-qu’est-ce que tu dis Meriem ?
-Z’y va, on va s’éclater en boite ce soir !
-Euh… Eh bien, Meriem, je ne sais pas. Il faut voir si Chantal veut venir…
-Ah bon…

Comme Meriem ne semblait pas être la coupable, elle le planta à ses cogitations et aborda Catherine.
« Sont belles tes sketbas, dis donc. Eh ! T’as vu la chetron de Phil ce soir, pas croyable ! »

Catherine intriguée regarda ce qui pouvait être si particulier chez notre petit Chinois.
C’est alors que Chantal lui planta le doigt dans l’œil et notre pauvre Catherine méchamment incommodée commença à le cligner de douleur et d’inconfort.
Phil croyant que Catherine lui faisait de l’œil, haussa des épaules.
« Mais elles ont quoi ces nanas, ce soir ! » Puis il se détourna de son œillade.

La prochaine fut Olga :
« Z’y va, j’ai entendu dire que tu kiffais grave les p’tits Chinois ?
-Camarade Meriem, depuis la disparition du vénéré Mao, les Chinois sont tous devenus des suppôts du capitalisme. Vive le combat de la gauche prolétarienne, à bas les jaunes aux dents longues et aus regards bourgeois ! »

Le cours commença sans que Chantal ait la moindre idée de la coupable.

Son Phil ignorant tout de son déguisement la cherchait en vain. Le pauvre garçon se trouvait un peu perdu dans la salle sans son point d’encrage habituel. Il se plaça donc derrière Aurélie en essayant avec peine de suivre le cours trop technique et ardu pour un novice de sa trempe.
C’est alors que Chantal toujours cachée sous sa burka s’adressa à Aurélie :
« T’es enceinte de combien de mois, il sera jaune ton bébé ?
Vexée notre jeune amie haussa des épaules et ignora cette réflexion déplacée et fallacieuse.
Chantal folle de rage lui envoya une ruade dans les tibias. La pauvre enfant s’écroula aux pieds de Phil qui, trop concentré qu’il était d’accomplir chaque mouvement avec la grâce et volupté voulues, ne prêta aucune attention à la malheureuse grimaçante de douleur et faillit même lui marcher dessus.

C’est alors que Venu entra dans la salle avec un peu de retard. Il avait trouvé de quoi se vêtir. Un short beaucoup trop serré et moulant, un petit haut rose bonbon auréolé de dentelles vaporeuses et des chaussettes jaunes.

C’est alors que Chantal crut tout comprendre. Elle se jeta sur notre bellâtre et l’agrippa à cet endroit habituel du plaisir auquel Venu tenait tant.
« Qu’à tu fais à mon Phil, séducteur, voyou ! Hurla-t-elle ?
-Mais j’n’ai rien fait moi, répondit-il d’une voix aiguë que l’empoignade mal placée avait provoquée. »

Phil arrêta net son ébat sportif en se demandant pourquoi Meriem imitait la voix de sa Chantal en parlant de lui.

Dominique coupa son effort et en homme privé depuis longtemps de compagnie féminine dit que c’était le genre de caresse qu’il aimerait bien qu’on lui fasse.

Babette qui était restée calme jusque-là, occupée à parler à son fameux Chippendale qu’elle avait attaché à une colonne pour ne pas qu’il s’échappe, cria en se jetant sur notre vénéré entraineur :
« Mein kliener Appenzelle, s’il n’y a que ça pour te rendre service ! »

La morale de cette histoire, c’est Rolph qui nous la souffla en sortant de son sac une multitude de friandises provenant du café Vaudois en disant :
« Les amis ne vous disputez pas, il y en a une pour chacun ! »

La salle se vida en quelques secondes…


 


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