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  Mantis acte 5 à 8

acte 5

J’étais heureux d’aller passer la soirée chez Julien !

« Il était dix-huit heures tapantes, quand les premiers invités arrivèrent.
Bien entendu je suis arrivé en premier avec la venue cinq minutes plus tard d’Adeline et Claude.
-Quelle bonne idée ce barbecue, avec le beau temps qui est de la partie !

C’est vrai, la température était idéale, le soleil devait continuer son chemin pendant quelques heures avant sa disparition derrière les montagnes.
Julien possédait une magnifique villa située dans la commune de Prévessin. Un joli terrain en légère pente lui permettait une vue inégalable sur la chaîne des Alpes et une vue centrale sur notre magnifique Mont Blanc.
Il avait déjà bien préparé la fête, installé deux longues tables aux abords de sa piscine et le barbecue fumait déjà une délicate odeur de viande grillée.
-Installez-vous les amis ! Adeline, je t’ai préparé ta chaise longue, elle est vers le saule pleureur, ton endroit favoris.
Comme toujours Adeline avait été particulièrement choyée. Notre petite chouchou avait droit à un confort particulier, nos meilleurs égards, une place de choix calquée sur ses préférences.

Elle s’allongea souriante et ravie sur le matelas confortable de sa chaise, prit son verre de jus de fruit préféré qui reposait sur une petite table basse et commença à le siroter à l’aide d’une paille.
Adeline était la seule de notre groupe à ne pas boire d’alcool.
Enfin si, elle en buvait, mais très rarement, car elle ne le supportait pas vraiment bien. Un verre ou deux et les milligrammes qui envahissaient son sang la rendait agressive, extravertie, presque désagréable.

On s’empressa rapidement autour d’elle avec notre bouteille de bière préférée à la main.
Avec cette appétence, ce besoin, cette espérance d’être son favori de la soirée, celui qu’elle regarderait avec plus d’insistance, celui avec lequel elle parlerait, rigolerait le plus.
Bien entendu, elle le savait parfaitement et se délectait de se sentir d’une aussi grande importance.

Etrange, cette amitié, mélangé à une sorte d’amour.
Un véritable amour je pense, car sincère, avec cette acceptance de ne rester qu’un ami et de la voir batifoler avec un autre, un idiot à notre sens qu’elle ne nous présentait jamais ou que l’on voyait rarement.
Une sorte d’Indésiré de notre amitié, qui ne pouvait être qu’un ennemi juré, une barrière de l’exclusivité que l’on aurait voulu de notre belle.

-T’as fait quoi hier soir, on t’attendait pour notre séance de wake.

Elle nous sourit, de ce petit air coquin qui voulait nous dire ou plutôt nous narguer en insinuant qu’elle avait passé la soirée en « bonne compagnie », en fait, en « meilleur compagnie que nous. ». Nous qui mourrions d’impatience de la voir.

-Tu es bien remise… De la main… De la mauvaise découverte de la semaine dernière ?

-Oui, ça m’a choquée, je ne veux pas en parler, j’en fais des cauchemars.

Alors le transfert fut immédiat, édulcorant ce sinistre passage pour nous accrocher aux anecdotes de nos derniers exploits.
De notre gentil Claude qui avait pris des gamelles mémorables du haut de sa planche de surf et qui avait bu des bolées de lac Léman.

-Y’en a une qui est ressortie par mon nez ! Précisa-t-il.

Puis je me mis à parler de ma mauvaise chute qui avait heurté mon entrejambe, suffoquant ma respiration et provoquant l’hilarité du groupe pendant que Lenny notre bel Italien ténébreux avait passé son temps à regarder ses vidéos oubliant de me surveiller, alors que je faisais signe au bateau de s’arrêter après ma chute.
Et puis on a parlé de notre skiper, Bill, qui tout content, nous avait montré ses poches remplis de billets et nous avait fait admirer son carnet de rendez-vous bien rempli.

-Est-ce qu’il sera présent ce soir ?

-Oui ! Répondit Julien. Ainsi que les filles de la jetée. Robert et Ludo m’ont également dit qu’ils seraient là.

A ce moment même, ils franchirent le portail, accompagnés des deux naïades, de Bill et de Lenny.

-Nous nous sommes suivis en voiture !

-C’est joli cet endroit !

Julien en hôte attentif, servit un verre de vin rosé à chacun des invités et les rires commencèrent à fuser, la bonne humeur prit son essor. Les filles se réjouirent de nos attentions toutes particulières et quand Adeline piqua une tête dans la piscine. Julien, Claude et moi-même la suivirent tout de go, s’approchant d’elle au plus près, faisant des pitreries pour attirer son unique attention.

Il ne manquait qu’une seule personne à l’appel, c’était Debbie.

Adeline s’assit sur le bord de la piscine, laissant barboter ses pieds dans l’eau et bien entendu nous nous étions retrouvés à ses pieds, de l’eau jusqu’au cou, à l’écouter parler, à la regarder de nos yeux avides et enjôleurs.

Les filles du reposoir riaient en compagnie de Bill, Robert, Lenny et Ludo avec leurs conversations à base de « Ken » nouvelle expression à la mode, qui nous avait été transférée du monde de l’adolescence.
Puis tous nous rejoignirent sur le bord de la piscine.
Adeline se mit à nous raconter son dernier voyage quand, Debbie apparut au portail.

En à peine quinze secondes, nous nous sommes retrouvés hors de l’eau à nous précipiter vers la nouvelle arrivante, laissant la pauvre Adeline presque seule à raconter son histoire.

Debbie !
Ce qu’elle était belle dans cette petite robe aux couleurs pastel, perchée sur de mignonnettes chaussures aux talons très hauts. Elle avait ses longs cheveux noirs relevés en chignon et d’une main habile, elle les dénoua pour les laisser cascader, écoulement langoureux, envahissant ses épaules et plongeant vers l’infini de sa croupe délicieuse.

-Je suis en retard ! Dit-elle souriante. J’ai eu du mal à trouver ton adresse. Mon GPS m’a fait tourner en rond.

Elle regardait Julien avec insistance, me délaissant de son regard.
Je me sentis contrarié, une jalousie étrange. Rien à voir avec celle que j’éprouvais avec Adeline. Plutôt une jalousie d’amour exclusif, d’envie inconditionnel, de rage qui m’ordonnait d’exclure ce partage.
Claude me poussa l’épaule pour s’approcher de la belle.
-Claude ! On s’est juste vu une fois, vous vous souvenez ? Dit-il.

Elle le regarda de ses yeux doux, acquiesça de la tête en lui intimant le tutoiement.
-Oui, je me souviens de toi.

-Qu’est-ce que tu nous à amener de bon ?
Elle portait un petit panier d’osier recouvert d’un linge où l’on voyait surgir le goulot d’une bouteille.
-Une bouteille de Bordeau et une tarte aux pommes, gâteau fait maison. J’espère qu’elle vous plaira !

Nous voyant tous en tenues légères, elle enleva ses chaussures, pour nous suivre pieds nus jusqu’à la table.

C‘est alors que Julien lança son appel :
- Les amis, je vous propose d’aller à table pour commencer les festivités, nous allons attaquer la salade !

Debbie choisit de s’asseoir en plein centre, vite, entourée par nos personnalités avides et de notre intérêt non dissimulé.
Tandis qu’Adeline, qui était allée se changer, fut contrairement à son habitude, délaissée en bout de table en compagnie de Catherine et Marine.
Elle nous jeta un coup d’œil sombre, mais par fierté édulcora son mécontentement en entamant avec ses copines une conversation légère sur le temps splendide que nous avions eu depuis le début de l’été.

J’étais à son opposé, trônant à mon endroit favori et comme j’en avais l’habitude, j’observais silencieusement, chacun des convives.
Oui, j’aime ça observer, décrypter les personnalités en essayant de comprendre leurs réactions.
En fait, c’est assez simple, un petit geste, un certain regard, une parole, ont une certaine importance que l’on peut comprendre, car rien n’est anodin et chaque expression à son importance, veut nous transmettre quelque chose.
Bien entendu, il y a des exceptions, par exemple, lorsqu’une réaction est préméditée, dans un certain sens, non naturelle. Un comportement prémédité est facilement détectable car il surgit au mauvais moment et perd donc de son importance, de sa vérité.

Mon regard se posa sur Debbie, cette femme fatale, cette beauté immuable, cet ange de désirs.
Elle avait rapidement subjugué l’attention de chacun.
Non seulement par son apparence idéale, mais par sa conversation d’un intérêt et d’une intelligence peu commune. Pour donner suite à une question sur son travail, elle s’était mise à nous raconter ses souvenirs proches, ceux du Laos. Mais je ne ressenti pas cette impression de conversation déjà entendue. Rien de banal dans ses propos, il transparaissait, dans ses propos, une véritable compréhension du lieu où elle s’était retrouvée. J’avais, nous avions tous l’impression de vivre avec elle d’intenses moments de son voyage. Même Ludo qui connaissait parfaitement la région dont elle parlait, osait à peine l’interrompre et ne rebondit qu’une seule fois sur l’ambiance de guérilla et la dangerosité de la région du triangle d’or.

Adeline ne voulait pas prendre part à ses propos.
Pour cela, elle regardait ses ongles, évitant de porter son regard dans notre direction, avec cette petite moue qui voulait en dire long. « Et moi alors je n’existe plus, je ne suis plus la reine du groupe ».
Elle se pencha vers Marine et tout en montrant Debbie d’un geste de la tête, lui chuchota quelque chose à l’oreille.
Marine éclata de rire et eut une expression d’approbation.
Elle aussi semblait jalouse de cette femme qui subjuguait tout le monde.
Celle que Julien, son Julien, comme elle voulait le penser, donnait l’impression évidente, d’en être tombé amoureux.
Amoureux par l’approbation de son regard, par son bras qui effleurait discrètement son épaule, par cette indubitable appétence qui transparaissait en sa présence.

La seule qui semblait en dehors de l’affaire, c’était Catherine.
Elle est magnifique cette femme, à mon goût. Par sa classe, par son aura particulière.
Pour l’instant elle semblait absente, subjuguée par son téléphone.
Elle était par ailleurs, la seule à avoir « l’impolitesse » de le garder à côté d’elle sur la table.
Suggérant cette impression que notre compagnie, n’avait pour elle, aucune importance.
Elle l’empoignait fréquemment, pour le reposer l’air déçu du message qui n’était pas celui qu’elle attendait.
Puis soudain, alors que son visage commençait à refléter une certaine lassitude.
Le mot tant attendu arriva, elle se leva de sa chaise, fit naviguer son doigt sur l’écran, se dirigea vers un banc trônant à l’écart et commença une conversation écrite dans le monde de son virtuel.
Des larmes se mirent à couler sur ses joues.
Elle les nettoya immédiatement du revers de sa main.
Puis, sa conversation terminée, elle partit s’isoler au fond du jardin.

Mes yeux naviguèrent de sa forme immobile à celles plus animées des convives.

Claude était à présent en pleine conversation avec Debbie pour commenter son voyage.
 Il est gentil Claude.
Une véritable douceur émane de sa personne.
Je le connais bien et mal en même temps. Une sorte d’ami d’une importance à venir.
Pour le moment je le pressentais tout simplement comme quelqu’un de bien.
Lui aussi semblait en admiration devant Debbie.
D’ailleurs, soudainement, il profita de cette occasion de promiscuité pour faire ce mouvement d’introspection charnelle. Cette façon idéale d’analyser la féminité d’une femme qui vous plait. La technique était simple, presque évidente et naturelle.
Tout en scrutant le visage de Debbie, il fit un mouvement de main sur son avant-bras et le caressa l’espace d’un bref instant.
Elle n’eut aucune réaction physique, juste un petit sourire en coin que je fus en mesure de détecter entre le flot de ses paroles. Je compris à cet instant, que Claude risquait de devenir un deuxième concurrent sérieux pour conquérir les beaux yeux de notre inspiratrice.

La soirée continua jusque tard dans la nuit. Les côtelettes et saucisses épuisèrent nos appétits voraces.
Debbie s’était imposée comme la reine incontestée de la fête.
De son côté, délaissez par ses groupies, Adeline commença à boire un verre de vin, puis un second et comme on pouvait s’y attendre son comportement commença à changer.
Debout, elle se mit à chanter, puis marmonna des phrases incompréhensibles.
C’est, au moment où elle pointa son doigt en direction de Debbie que Claude réalisa le problème, il se leva brusquement la prit par le bras et l’emmena loin de la table :

-Adeline, arrêtes de boire ! Il lui tendit une petite bouteille d’eau. Tiens continues avec ça, tu vas être malade, tu vas gâcher la soirée.
-Claude, toi aussi, tu l’aimes l’autre pétasse ! Dit-elle. Et moi alors, j’n’ai pas aussi un beau cul !
Elle se retourna et tout en se penchant voulu remonter sa robe.
Claude l’arrêta d’un geste brusque.
-Tu arrêtes ça, tu n’es pas dans ton état normal, tu vas te ridiculiser !
- Elle marmonna quelques grossièretés avant de s’effondrer dans l’herbe.
Claude l’a pris immédiatement dans ses bras pour l’emmener en direction de sa voiture.
-Allez, il est temps que je te ramène chez toi !
Elle ne répondit rien, assommer par l’emprise de l’alcool, la pauvre s’était déjà endormie.
 
Tous les regards convergèrent dans leur direction :
-Qu’est ce qui se passe, elle est malade ?
-Elle a juste trop… Enfin juste bu un peu de vin, elle ne supporte pas l’alcool ! Claude va la ramener chez elle ! Rien de grave ! Ajoutais-je.

Chacun pensa qu’il était peut-être temps d’abréger cette soirée, qu’il se faisait tard, qu’ils devaient déranger les voisins.
Alors Julien sortit deux bouteilles de Génépi.
-Les amis, on ne peut pas se quitter sans un petit verre de ce délice !
-Oui, bien volontiers, ça nous aidera à digérer !
C’est vrai, c’est bon ce Génépi, fort, même très fort à cause de la gnole où barbote une multitude de ces petites fleurs jaunes qui donnent au breuvage au gout particulièrement suave et alléchant.
-Je le fabrique moi-même, d’ailleurs faudra qu’on se fasse une sortie cueillette en Chartreuse, vous verrez c’est un coin magique !
Tous les verres tintèrent les uns contre les autres et l’on triqua à notre amitié.

Puis, les Adieu se firent en file Indienne, remerciant une fois de plus notre hôte pour son excellente organisation avec ce message de retrouvaille.
« Au bord du lac, dans deux jours, pour une séance sportive. ».

Robert et Ludo qui étaient venus en covoiturage s’en allèrent en premier. En passant devant le garage de Julien à la porte grande ouverte. Ils aperçurent une magnifique Porsch de couleur rouge, flambant neuve qui les fit réagir :

-Il ferait mieux de payer ses dettes celui-là !
-T’es au courant ?
-Et bien plutôt ! Il me doit une sacrée somme, il m’avait promis de me la rendre le mois dernier. J’attends toujours. Je ne suis pas certain d’être patient encore bien longtemps ! Affirma Robert.
Je risque d’être aussi expéditif qu’avec…
Il arrêta nette sa phrase. Puis continua sur un autre sujet.
-Viens me voir demain à ma ferme. Lenny et Bill seront là, ils veulent visiter ma porcherie ultra moderne. C’est intéressant tu verras !

 acte 6 (le 19 février)



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