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  Excès de mémoire

20/09/2014





L'hiver s'était tranquillement installé sur le pays de Gex, le froid avait lentement engourdi les esprits les plus actifs. La neige n'avait pas encore daigné faire son apparition, mais cet oubli serait certainement bientôt comblé.

Trudy, une jolie américaine, armée d'une ponceuse s'appliquait à marquer une tige métallique d'une trentaine de millimètres de diamètre, d'arabesques des plus diverses. Dressé rectiligne devant une cheminée qui diffusait une chaleur excessive, l'objet s'ornait tranquillement du galbe que la sculptrice voulait lui infliger.

Malgré ce travail particulièrement délicat notre artiste n'avait pas vraiment la tête à son travail, ses pensées restaient focalisées sur un sujet bien différent. L'image d'Ernest Puppa émergea dans ses pensées. Il n'était pas vraiment beau, un peu timide, certainement très réservé, mais ce qui l'intéressait chez lui, c'était son intelligence discrète, sa façon de voir les choses comme personne ne le pouvait.
Etait-elle amoureuse ?
Certainement oui.
Pourtant elle paraissait déjà comblée par l'amour. Mariée depuis maintenant cinq ans à Robert Brake un richissime banquier qui la comblait de cadeaux et qui lui laissait une liberté complète. Il lui avait même fait construire ce magnifique atelier un peu à l'égard de leur demeure pour lui permettre l'isolement indispensable à son occupation créative. Elle le trompait d'ailleurs régulièrement avec un apollon, un culturiste qui avait pendant de longues semaines posées pour la composition de ce qu'elle aimait appeler son œuvre magistrale.

Mais cette vie ne lui plaisait plus, son mari qui la couvrait de cadeaux, son amant splendide, ne remplissaient plus vraiment la fadeur de la vie. Le besoin d'autre chose, de quelqu'un d'exceptionnel s'était imposé comme la solution idéale de son mal-être.
Puppa paraissait le compagnon parfait qui pourrait lui faire oublier les saisons qui s'écoulent, les marques qui se fichent sur son visage avec ce besoin de mieux, d'autrement.

Un jet d'étincelles gicla sur le sol.
Elle s'éloigna de quelques pas et regarda sa nouvelle création. Ses mains avaient accompli avec fidélité l'impression qu'elle voulait voir se dégager des étranges circonvolutions de ce pédoncule de métal.

« Comment se débarrasser de ses deux hommes ? » Se demanda-t-elle.

Le divorce, la fuite. Aller voir Ernest, lui crier son amour, le besoin de sa présence à ses côtés. Mais quelle serait sa réaction ?
Son rêve était-il partagé ?

Pourtant elle le savait ou pensait l'avoir remarqué.
La blondeur de ses cheveux, son joli minois, l'éclat de ses propos correspondaient certainement à son goût du féminin.
 L'inspecteur Puppa faisait parti du cercle d'ami de son couple. Il en était de même pour son "musclor" qui accompagné de sa propre moitié squattaient les nombreuses soirées que son richissime époux organisaient fréquemment.

Son ouvrage terminé. Planté sur un socle en bois, l'objet lui suggéra l'absolutisme de sa forme.

Elle le regarda fixement et une idée machiavélique s'imposa à elle, la courbe parfaite de son œuvre pourrait être l'alibi idéal.

« Tu seras parfait dans ma maison de campagne ! ».
 Un sourire malsain se dessina sur son visage angélique. Elle repoussa d'un doigt alerte une mèche de cheveux qui s'était malencontreusement collé sur son front mouillé de sueur. Enleva sa blouse blanche de travail. Se regarda dans ce grand miroir qui était accroché au mur. Elle se trouvait terriblement belle sans ses artifices de maquillage, d'une beauté irrésistible, impérieuse. Ses lèvres pulpeuses envoyèrent un baiser sensuel, imaginant Ernest devant elle.
Elle en était maintenant certaine.
Il serait prochainement sienne...

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Une odeur animale accablait la salle de gymnastique.

Léon s'éreintait sur sa machine de torture. Les cent cinquante kilos d'acier se promenaient au-dessus de sa tête dans un mouvement de va et vient saccadé. Ses muscles puissants se jouaient de cette masse inerte et chacun de ses mouvements étaient accompagnés par un râle d'effort.

Un dernier hurlement de victoire jaillit du plus profond de sa gorge lorsque soudain il lâcha les poids qui s'écrasèrent sur le sol.

Campé devant un immense miroir, il admirait sa sculpturale musculature. Il lui avait fallu dix ans pour obtenir ce splendide résultat. L'année dernière, l'entraînement intense qu'il s'était imposé avait porté ses fruits. Un titre de champion d'Europe de body building toutes catégories avait couronné son opiniâtreté et sa persévérance.

Non seulement sa musculature était splendide, mais également sa force, connue pour être hors du commun et qui lui permettait des exploits physiques incroyables. Il était capable de déchirer un annuaire téléphonique de ses mains nues et ceci sans le moindre problème.

« Tu es parfait mon chéri ! »

A ses côtés, Jacqueline, sa femme, qui elle-même s'adonnait au culturisme, admirait l'imposante prestance de son homme. Ils s'étaient rencontrés à Lyon, lors d'une compétition qu'ils avaient tous deux gagnée. Rapidement, leur passion commune du culturisme les avait conduit en mairie où ils avaient été unis pour le meilleur et pour le pire.
Leurs familles étant originaires du Pays de Gex, c'était bien naturellement qu'ils s'étaient installés à Saint-Genis Pouilly où une petite salle de sport hébergeait leur entraînement quotidien.

« J'espère que tu n'as pas oublié notre invitation de week-end chez les Brake? Demanda-Léon.

Jacqueline grimaça légèrement.

-Non, bien sûre que non ! » Répondit-elle l'air contrarié.

En fait, elle ne tenait pas à cette petite visite qu'elle savait malsaine. Elle connaissait la liaison avouée de son mari avec la jolie Trudy et bien qu'elle affirmait former avec lui un couple libre, elle détestait se partage équivoque qu'elle n'imitait d'ailleurs pas.
Elle l'aimait son homme, à la folie, d'une passion avilissante qui lui permettait de tout accepter de lui, de comprendre ce qui lui semblait incompréhensible, immoral. Elle s'était faite une raison en  se disant que de toute façon elle était la femme de sa vie et que l'autre ne représentait qu'une simple passade sans importance.  

Ce qui était encore plus étrange s'était que Le mari de Trudy semblait ignorer tout de cette liaison coupable et qu'à chacune de leurs nombreuses rencontres en couple, elle se devait de faire semblant d'ignorer les regards complices entre son homme et son amante pour ne pas exploser sa colère et jalousie. Divulguer cette relation serait certainement dévastateur pour le couple de ses amis et Léon l'avait d'ailleurs avertie. "Un seul mot de ta part et tout sera fini entre nous!"

sous un soupir amer, Jacqueline laissa son homme pour retourner à son entraînement. Aujourd'hui elle s'était donnée comme but  une longue séance de footing ! Elle mit la machine en route et débuta le déroulement des kilomètres fictifs.

Léon quant à lui continua, devant le miroir, à considérer ses poses avec un œil critique.

« Il faut que j'améliore celle ci, je veux être parfait pour la prochaine compétition!».

Il retourna à son tapis, empoigna deux énormes rondins de fonte et, couché sur le dos, les yeux fixés au plafond, il commença ses séries d'exercices de torture.

Une demi-heure s'était à peine écoulée quand un cri retentit dans le petit gymnase. C'était Jacqueline qui après avoir perdus l'équilibre venait de faire une mauvaise chute. Elle se tenait  maintenant assise, les mains agrippées autour de sa cheville douloureuse.

Léon, se précipita vers elle, et voyant la grimace qui déformait le joli minois de sa compagne, il l'a pris dans ses bras et décida de l'emmener illico presto chez le médecin le plus proche...

Heureusement, son diagnostic s'avèra rassurant. "Rien de bien grave ! Dit-il. Evitez de poser le pied parterre pendant quelques jours et tout rentrera dans l'ordre!"

Cet incident sans conséquence avait, pour Jacqueline, un intéressant avantage. Il lui éviterait d'aller passer ce weekend abhorré chez leurs amis.

-Tu avertiras les Brake qu'il ne me sera pas possible d'aller les voir !

-Ok j'annule de ce pas le rendez-vous !

-Non, ne te sacrifie par pour moi mon chéri, tu peux y aller seul. Un peu de repos en compagnie de bons bouquins me fera du bien ! »

Léon n'éprouva aucun mal à accepter son offre. Car non seulement Il adorait les petites fêtes organisées par ses richissimes amis, mais, de plus, il n'avait pas vu Trudy depuis plus de deux semaines et l'idée de leur prochaine rencontre et probables galipettes secrètes l'enchantaient.

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« Allez, avance ! »

Ernest Puppa houspillait son véhicule qui avait bien du mal à gravir les pentes de la route de la Faucille. Il allait rejoindre les Brake qui l’avaient invité pour cette fin de semaine dans leur magnifique villa qu'ils possédaient au Rousse. Il faisait terriblement froid en cette fin novembre, une température qui devait avoisiner les moins dix degrés et de plus, la neige avait fait son apparition. Une neige légère avec ces petits flocons qui flottaient dans l'air en semblant ne jamais vouloir atteindre le sol.
Au sommet du Mont-Rond, la tour de télévision baignait dans un brouillard qui s'apprêtait à l'engloutir et qui avait recouvert les sapins d'un givre immaculé, prémisse d'un hiver froid et précoce.

Le tournant de la fontaine Napoléon se présenta devant lui et la pauvre guimbarde s'engagea  dans ce long tournant qui semblait ne jamais vouloir se terminer. Donnant de grands coups de reins, Ernest aidait aussi bien qu'il le pouvait sa petite voiture qui protestait devant ce mur  infranchissable.

«    Faut qu'je change de véhicule ! À peine quinze ans et déjà des tas de problèmes! On construit plus aussi costaud qu'avant ! ». Exagéra-t-il.

Il repensa au coup de fil que Trudy lui avait passé pour cette invitation de dernière minute. Elle lui avait semblé bien étrange. L'appel avait été bref mais donné sous un ton inhabituel. Elle lui avait parlé avec une modulation mielleuse, sensuelle, en lui laissant l'impression qu'elle lui envoyait un message ardent, une sorte de rendez-vous galant. Il avait bien entendu accepté L'invitation avec joie et s'était enquis de la santé de Robert.

« Il va bien ! » Lui avait-elle répondu, puis elle avait promptement raccroché sur ce dernier mot, "Bisous".

Puppa fut rapidement rappelé à la réalité. Son véhicule arrivé au sommet du col de la Faucille, certainement heureux de son effort, venait d'accomplir une effrayante embardée.

« Eh ! Ma vieille, du calme. T'es plus toute jeune pour faire des choses comme ça ! »

La chaussée était devenue glissante et dangereuse sans pneus neige, et c'est avec prudence que notre ami continua son chemin montagneux.

Arrivé au Rousse, il ne lui restait plus qu'à débusquer la demeure de ses amis, mais son sens de l'orientation incertain lui donnait du fil à retordre. Il ne possédait bien entendu pas de GPS et les brèves indications de l'adresse et des ruelles à emprunter n'étaient pas suffisantes.

Trente minutes plus tard, incapable de trouver par ses propres moyens le lieu recherché. Il prit la salutaire décision de demander son chemin et s'arrêta devant cette petite boulangerie qu'il croisait maintenant pour la troisième fois.

Il attendit que la cliente qui se trouvait devant lui règle son achat pour formuler sa question. Mais elle ne fut pas nécessaire. Cette jeune femme qui le précédait, c'était justement Trudy, qui la mine réjouie de le voir, le prit dans ses bras pour une embrassade effervescente qui l'étonna un peu.

-Ernest, je suis si contente  te voir.
-C'est réciproque. Dit-il un peu gêné. Puis il enchaina sur son incapacité de trouver le chemin de sa demeure.
Elle lui sourit affectueusement et le prit par la main pour l'escorter à l'extérieur de l'échoppe en lui donnant une fois de plus un gros baisé sur la joue qu'il trouva singulièrement inopportun.

Ils s'engouffrèrent tous deux dans sa voiture. Et Puppa amusé parcourut en moins de trois petites minutes la courte distance qui les séparait de l'endroit qu'il croyait impossible à découvrir.

La villa était immense. Un grand jardin orné de sapins majestueux encerclait la propriété. Sur le toit, une énorme cheminée crachait une fumée blanche qui inondait l'atmosphère glacée de volutes blanchâtres.

« Viens Ernest ! »

Trudy le précéda de quelques pas. Sa petite valise accrochée à la main, il la suivit lentement sur le macadam verglacé, essayant d'éviter une glissade qui pourrait s'avérer douloureuse. Ses yeux s'étaient portés sur son hôtesse. Malgré l'opulent manteau qui la recouvrait, il venait de prendre conscience de sa beauté aguichante. Elle se déplaçait avec légèreté et sa blondeur planait dans un mouvement ondulatoire irréel.

La porte s'ouvrit devant eux.

« Bonjour mon ami ! »

Robert qui les avaient aperçu de sa fenêtre, les bras tendus, le prit par les épaules et témoigna avec véhémence son bonheur de le voir. Ernest était également enchanté de retrouver ce copain qu'il appréciait particulièrement et il s'empressa de le remercier. Ils étaient amis depuis leur plus tendre enfance et appréciaient chaque moment qu'ils pouvaient passer ensemble.

Il l'invita dans le salon où se trouvait déjà le culturiste.

« Je ne te présente pas Léon ! Commenta Robert.

-Exact, nous nous sommes déjà rencontré à l'une de tes réceptions ! »

Léon lui tendit la main et c'est avec une certaine appréhension que Puppa lui rendit la politesse, il connaissait, pour l'avoir déjà vécu les méfaits de cette poigne d'homme fort.
En effet ses doigt craquèrent sous la salutation amicale et il dû faire un effort surhumain pour ne pas montrer sa douleur.

Le salon était une large pièce richement décorée où régnait présentement une chaleur estivale.  Une immense cheminée de forme cylindrique trônait, acteur principal, au beau milieu de la pièce.
Trudy s'excusa pour disparaitre quelques instants alors que les trois hommes allèrent s'installer confortablement dans d'immenses fauteuils pour siroter un nectar liquoreux, la dernière trouvaille que leur hôte voulait absolument leur faire goûter.

-Je ne savais pas que tu possédais une maison dans le Jura ? Interrogea Puppa.

-En vérité c'est une nouvelle acquisition! Nous avons fait cet achat pour nous échapper du stress quotidien. Et mes chers amis, vous êtes nos tous premiers invités. Quel dommage que votre femme n'est pas pu se joindre à nous ! Ajouta Robert en direction de Léon. C'est gentil de votre part de l'avoir abandonné pour nous rendre visite !

-C'est un plaisir d'être avec vous. Jacqueline me demande de l'excuser, mais son handicap passager ne lui aurait pas permis d'être une invitée bien agréable pour...

Léon coupa brutalement sa phrase et son regard déconcerté pointa dans une direction que tous, immédiatement suivirent. Les trois hommes se levèrent d'un même trait. La splendide Trudy venait  d'apparaitre, habillée d'une robe du soir magnifique, qui mettait en valeur la moindre de ses courbes engageantes. Elle resplendissait d'une beauté que Puppa avait jusqu'à présent ignorée, mais qui cette fois ci lui fit battre le cœur et provoqua en lui un désir qu'il ne pouvait qu'admettre.

-Tu es ravissante ma chérie ! Envoya son mari en lui tendant les bras.

Les deux invités, le souffle coupé gardèrent un silence approbateur. Trudy tout sourire se dirigea vers Ernest qu'elle prit par la main.

-Viens voir ma dernière création ! Dit-elle.

Tel un enfant, notre ami suivit la belle jusqu'au devant de la cheminée. A quelques centimètres du foyer reposait cette étrange barre de fer sculptée et enroulée de volutes étranges qui reflétait le larmoiement des flammes.

-Je l'ai appelée "Shape memory" ! » Dit-elle avec son accent New-Yorkais.

Puppa n'appréciait pas vraiment l'art moderne. D'une culture plus classique, il préférait les sculptures plus conventionnelles aux formes bien comprises. Mais pour l'évidence de ne pas blesser l'artiste, il la félicita en soulignant la majesté des courbes et l'imaginatif intrinsèque qu'un tel objet pouvait susciter.
Elle sembla particulièrement apprécier ce compliment, ajoutant que son avis était pour elle d'une grande importance.

Bientôt rejoints par son mari et Léon, ils firent une visite complète de la grande bâtisse et les deux invités s'émerveillèrent devant l'architecture judicieuse et les agencements de bons gouts que leurs richissimes amis avaient eux-mêmes conçus.

La soirée se déroula merveilleusement bien avec un flot continu de Bordeaux qui égailla les esprits et gomma toutes inhibitions.
Sur le canapé, Trudy se rapprocha un peu trop d’Ernest sans que la moindre gène ne soit pourtant remarquée. Elle se permit d'ailleurs ces effleurements de mains et de jambes qui aurait pu être gênant sans l’abri de cette situation éthylique et la conversation passionnée qu'entretenait les deux autres protagonistes.

C'est tard dana la nuit, la fatigue venue que tous se séparèrent pour leur nuit de sommeil.
 
Puppa sous l'emprise de l'alcool s'écroula tout habillé sur son lit pour s'endormir aussitôt.

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Trois heures du matin.

Un silence absolu baignait de sérénité l'ensemble de la maisonnée.

Pourtant dans le salon, assis confortablement sur le grand canapé, Robert conversait avec son insomnie. Pour lui cette incongruité était d'une habitude navrante. Le poids de ses obligations professionnelles ainsi qu'une certaine hyperactivité ne lui permettaient que de rares heures de sommeil.

Un grand livre à la main, il semblait plongé dans l'histoire qui lui était contée. Seul, Les craquements provenant de la cheminée troublait un silence absolu.

Pourtant, il n'était pas seul.

Derrière lui, une silhouette menaçante qui tenait fermement un gourdin, approchait sur la pointe de pieds. Arrivée à moins d'un mètre de lui, elle leva les mains haut dans le ciel et abattit violemment son coup meurtrier sur le crâne de sa victime...

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Le parfum sucré de la belle emplissait ses narines. Enfin, il avait trouvé l'amour. La femme que tout son être avait vainement recherchée.

Elle marchait maintenant gracieusement devant lui. Le printemps nouvellement arrivé décorait la nature de couleurs chamarrées. Il la suivait lentement sur un petit chemin délicieusement ombragé. Ernest la regardait avec un regard exprimant la tendresse de ses sentiments. Il la trouvait si belle, ses cheveux d'or croulant sur ses épaules, ses épaules menues soulignant la grâce de toute sa personne. 

Elle se mit à chanter. 

Les tempes de Puppa se mirent soudainement à battre violemment. 

L'intonation de cette jolie voix lui glaçait les os. Comment avait-il pu faire cela ? Il n'avait pas le droit. Mais ce n'était peut-être pas elle. Il lui fallait une confirmation, une négation de sa faute! 

Dans un langage que seul il pouvait comprendre. Il la pria de se retourner, de lui affirmer que ce n'était pas elle, qu'il y avait une erreur. Qu'il n'avait aucunement trahi son ami ! 

Puis, comme dans un film, au ralenti, elle pivota pour lui faire face. 

Il blêmit. 

« Non ! Comment avons-nous pu ? » 

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 « Ernest ! Tu dors? 

Couvert de sueur, prêt de la suffocation, Puppa ouvrit largement sa bouche. Ses yeux écarquillés ne comprenaient pas la situation. Assis au milieu d'un lit qu'il ne reconnaissait pas il fixait étrangement la silhouette de Trudy qui se dessinait devant lui. 

-Je t'ai réveillé, excuses-moi ! » 

La belle, habillée d'une chemise de nuit qui esquissait discrètement ses formes, se rapprocha de lui en lui susurrant :

 « Je ne peux pas dormir et... Et il fallait que je te parle! 

Reprenant enfin ses esprits, Ernest jeta un rapide coup d'œil à sa montre qui marquait trois heures quinze. 

-Mais tu as vu l'heure ? Et en plus, dans ma chambre ! Ton mari va croire des choses ! 

-Non, Ernest, il est insomniaque et il doit comme à l'accoutumé lire dans le salon! Moi non plus je ne pouvais pas dormir et... 

Elle semblait gênée par les confidences qu'elle s'apprêtait à révéler. Après une brève pause. Se rapprochant de Puppa qui toujours dans son lit ne comprenait pas vraiment la situation, elle continua. 

-Il faut que je t'avoue quelque chose qui me tourmente depuis très longtemps. J'aime mon mari, enfin, un peu je crois. Pourtant j'ai un amant, tu le connais, c'est le fort à bras qui a passé la soirée avec nous. 

Puppa eut l'air très surpris. Elle enchaîna:
-C'est amant, j'en ai par-dessus la tête. Pour moi ce n'était qu'un "divertissement", une façon de combler ma vie et mon ennuie durant les absences que le travail de Robert m'infligeait. Mais cet homme s'est attaché à moi, il est même devenu jaloux de mon époux, me confiant récemment qu'il faudrait le faire disparaître. 

-As-tu parlé de cela à Robert ? 

-Bien sûre que non, de plus il le considère comme un vrai ami. C'est lui-même qui l'a invité pour la petite réunion de ce week-end!

Puppa qui était maintenant totalement réveillé réfléchit quelques instants sur l'étrangeté de la situation. 

-Et tu veux que j'intervienne auprès de Robert ? » 

-Je ne sais pas. Je me sens perdue, désorientée. Une impression de vide, une angoisse qui noue mes entrailles. Robert! Je le crois vraiment, ne m'aime plus, ou du moins ne me porte plus l'attention minimum. Il vit avec son travail, ses habitudes, les nombreuses réceptions que nous organisons ne sont là que pour combler notre cassure...

 Ernest ne se serait jamais douté de ce problème. Pour lui Trudy et son ami Robert formaient un couple idéal, parfaitement uni. Il garda un silence de stupéfaction, d'étonnement. Il voulut lui soumettre des paroles de réconforts mais aucune ne vint à son esprit.

 Trudy le regarda dans les yeux, de ce regard aimant qui ne veut rien cacher.
Il prit peur, son rêve revint brutalement à son esprit. C'était elle qui l'accompagnait dans ce délire nocturne... 

« Ernest, je suis amoureuse de toi ! » 

Rêvait-il encore, il se pinça la cuisse. La douleur générée ne permettait aucun doute sur la réalité de la situation. Elle s'avança encore un peu plus près de lui, elle voulait l'embrasser. Il fournit un immense effort pour ne pas accéder à son attirance et usant d'une vélocité dont il ne se serait jamais senti capable, il sauta de son lit. 

« Mais Trudy, que se passe t'il. Je ne... » 

Elle fondit en larmes et s'écroula sur le lit. Ernest ne savait plus que faire, son inexpérience de la gent féminine, sa timidité ne lui offraient que des solutions hasardeuses. Il n'osait pas, il ne fallait pas aller la réconforter, la toucher, il n'était qu'un homme après tout. Il voulait éviter tous contacts physiques pensant que dans ce cas, ses pulsions ne pourraient certainement pas être maîtrisées. Il resta donc à bonne distance de sa surprenante passionnée et formula une succession de  propos moralisateurs :
« Je ne comprends pas, nous avons toujours été amis... Je t'aime également... Mais comme une amie... Et puis ton mari est mon meilleur copain... Il est tellement mieux que moi... Vous allez si bien ensemble...

Les mots adéquats ne voulaient aucunement sortir de sa bouche et ses paroles lui paraissaient qu'insipides. 

Trudy doucement se releva, regarda Ernest tristement. 

-Excuses-moi Ernest, mais ! De grosses larmes glissaient sur ses joues. Mais, je ne pouvais plus garder ces sentiments pour moi. 

Puppa s'installa sur le fauteuil qui occupait un coin éloigné de la pièce. Il regarda son admiratrice avec application, alors qu'elle continuait son monologue. Il la trouvait diablement belle. Même sa tristesse ne parvenait pas à l'enlaidir. Il repensa à son rêve, était-il prémonitoire ? 

-Il faut que tu retournes dans ta chambre, ta présence avec moi ici n'est pas convenable. Robert ne mérite aucune traîtrise de ma part ! » 

Elle ne répondit pas, fixant de son regard le sol recouvert d'un plancher de chêne. Puis, Brusquement, elle se redressa et s'enfuit en lâchant un dernier sanglot. 

Seul dans sa chambre. Ernest retourna se coucher.

Cette nuit-là, Le sommeil eut beaucoup de mal à le rattraper. Quatre coups retentirent à l'horloge de la maisonnée, quand, Puppa, finit par s'endormir.

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 « Ernest ! »

 Une main décidée, secouait vivement notre inspecteur. Difficilement, il écarta ses paupières et perçant le brouillard de sa léthargie, il entrevit son collègue l'inspecteur Purbon. 

« Non ! Ce rêve était définitivement trop absurde. 

-Va-t’en ! Maugréa-t-il. 

-Ernest réveille-toi, ton copain a été assassiné ! 

-Qu'est-ce que tu fais là! Qu'est-ce que tu racontes! Les yeux écarquillés, Puppa ne comprenait pas les propos de son collègue. 

-Oui, cette nuit, on l'a frappé à la tête, puis étranglé ! 

-Comment, quand ? 

-Cette nuit! T'as entendu quelque chose ? 

En pyjama, Ernest suivit son collègue qui lui expliqua que la femme de ménage l'avait trouvé mort une barre de fer entourée autour de sa gorge. 

-C'est quelqu'un qui est dans la maison ! Précisa-t-il. Car excepté les traces de pas fait par la bonne, il n'y en a aucune autre autour de la propriété et le gars qu'à fait ça doit être bigrement costaud! » Précisa t'il. 

Ernest arriva dans le salon. La fenêtre y était grande ouverte et un froid intense et désagréable lui glaça les os. Trudy, immédiatement, se jeta dans ses bras. 

« On l'a tué ! » 

Puppa ne réussit pas à retenir ses larmes.

 Ils restèrent ainsi, tous deux enlacés pendant deux longues minutes.

 Puis, soudain, retrouvant sa composition d'une manière étonnante, il repoussa gentiment Trudy. Effaçant ses larmes d'un revers de la main et se dirigea auprès de la victime.

 Son pauvre ami gisait inerte, la tête renversée en arrière, son cou étroitement enserré par une tige en fer.

 « Mais c'est la sculpture de Trudy ! Remarqua-t-il. Donnes-moi deux chiffons ! » Demanda-t-il à son collègue policier.

 Il entoura les deux extrémités de l'objet du délit et tirant de toutes ses forces essaya de le détortillé de la gorge de Robert. Mais malgré tous ces efforts le métal ne se déforma pas d'un pouce. Seul un être d'une force peu commune avait pu faire ça. A cet instant, en débardeur, Léon pénétra dans la pièce...

 
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Quelques courtes secondes furent nécessaires pour que Purbon enserre les poignets du culturiste.

 « Vous êtes en état d'arrestation ! » Dit-il d'une voix grave.

 Puppa, se retourna graduellement. Fixant bizarrement chaque personnage que son champ de vision rencontrait.

 La pauvre femme de ménage prostrée qui regardait dans le vide. La belle Trudy qui singulièrement lui fit battre le cœur, puis Purbon et un officier de gendarmerie qui sévèrement retenaient le coupable. Enfin Léon qui ayant l'air de ne rien comprendre clamait son innocence.

 Comme à l'habitude Puppa se rendit compte de l'inexactitude de la conclusion de son confrère ! Un détail d'une importance capitale avait évidemment éclairé dans son esprit. Pourtant lui-même ne pouvait pas y croire. Comment avait-elle eu le courage de perpétrer cet acte immonde ! Il la savait d'une intelligence hors du commun, mais son scénario lui semblait tout simplement diabolique.

 Purbon connaissant parfaitement Ernest remarqua ses interrogations silencieuses.

 « Ne me dit pas que je me suis trompé ? Susurra-t-il entre ses lèvres

 Ernest eut un long et profond soupire de résignation et répondit.

 -Je suis certain que ce n'est pas lui le coupable ! »

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 Ernest, comme à son habitude, n'ajouta pas un mot. Tristement il s'éloigna du chevet de son ami et sortit de la pièce.

 « Où vas-tu ! » S'exclama Purbon.

 Seul le silence répondit à son interrogation.

 Puppa pénétra dans la salle de bain et s'engagea dans une quête mystérieuse. Quelques minutes lui furent nécessaires pour mettre la main sur l'objet de ses recherches.

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 Epilogue

C’est entouré d'un mystérieux silence que Puppa réintégra la pièce où le meurtre avait été perpétré. Tous les protagonistes l’interrogèrent immédiatement du regard. Purbon résigné à l’idée de découvrir ce que son compère allait dévoiler avait déjà libéré les poignets de Léon.
Ernest se dirigea directement vers le cadavre de son ami.
Trudy,le visage défait par sa tristesse, le regarda passer devant-elle., puis, soudain, une expression d’effroi submergea son visage. L’objet que Puppa portait enserré dans sa main venait de lui faire comprendre que son acte funeste avait été démasqué.
Elle recula de quelques pas. Elle n’avait qu’une seule idée en tête, c’était de s’enfuir, d’éviter le regard accusateur de l’homme qu’elle aurait voulu conquérir.
Comment pourrait-elle maintenant lui dire qu’elle avait fait ça pour lui, pour qu’ils s’aiment à jamais. Que cette solution radicale n’avait qu’un but, leur amour. Sur ces jambes chancelantes elle constata impuissante la clairvoyance de l'être convoité.

Puppa brancha l’appareil qui dans un chuchotement commença à délivrer sa chaleur.
« Tu fais quoi avec ce sèche-cheveux ? » Demanda Purbon.
Ernest approcha le souffle vers la sculpture métallique.

Sans le moindre bruit la barre de fer commença à se déplier devant les yeux médusés de l’audience. Seul Trudy comprenait l’événement qui se produisit lentement, libérant inexorablement le cou enserré.
En quelques courtes minutes la gorge du cadavre fut complètement dégagée de son étau.
Puppa prit l’objet métallique dans sa main et regardant Trudy droit dans les yeux, il murmura.
« Mémoire de forme… »
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« Quand te décideras-tu à changer ta bagnole ? » Demanda Purbon.
Accrocher au siège de la voiture, le pauvre homme suivait d’un regard terrifié les sinuosités de la route qui descendait en direction de Gex. Les freins de la voiture d’Ernest avaient bien du mal à remplir leurs offices et le boîtier de vitesse réagissait vivement aux sollicitations du conducteur.

« Mais comment savais-tu pour la sculpture ? demanda t’il en accompagnant penché, un virage trop abrupte.
-Et bien voilà, Trudy me l’a présentée sous le nom de " Shape memory " et ceci a provoqué le déclic évidant de la solution. En effet il existe un métal de la catégorie dite à transformation martensitique qui possède des formes différentes suivant la température qui l’entoure. Dans notre cas, vers vingt-cinq degrés il restait droit comme un I mais il créait une boucle à des températures plus basses. J’ai déjà observé ce phénomène dans le parc d’un musée d’art moderne.
Trudy connaissait également parfaitement bien ce phénomène et l'a utilisé pour tuer de façon judicieuse son mari.
Après un bref instant de silence, il continua : 
-Après l’avoir assommé, elle a ouvert la fenêtre, a déposer sa sculpture à côté du cou de son mari et le changement de température a fait la sale besogne, faisant croire à tous que seul un homme d’une force peu commune avait réalisé le travail. Ainsi elle se débarrassait d’un mari encombrant et d’un amant trop envahissant… »
Pui, brusquement, Puppa cessa ses explications. Un frisson glacé lui parcouru le dos. Il venait de comprendre être la cause involontaire de ce meurtre.
Sa voiture fit une embardée…
De justesse, il évita l’accident…
Il devait tout oublier.






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