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  Le Jeu de l'oie

20/02/2015 


Il avait une prestance majestueuse. Son air sévère, sa haute stature ne laissait aucunement la possibilité de discuter ses ordres. Présentant sa carte à la fonctionnaire qui se trouvait devant lui, il exigea : 
« J'ai besoin de compulser toutes les fiches des personnes nées sous X pendant l'année mille neuf cent soixante-quinze ! »
La vieille demoiselle scruta avec attention le document qui contenait toutes les informations décrivant les importantes fonctions de son interlocuteur. Puis, elle le pria de la suivre.
Une trentaine de fichiers se trouvaient maintenant devant lui. 
Seules quelques minutes lui furent nécessaires pour découvrir celui qui l'intéressait, il en demanda une photocopie, remercia l'employée et partit.

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La place de la visitation s'était fait faire une beauté. Il y a quelques années de cela, la mairie de Gex avait eu l'excellente idée de donner à cet endroit une touche plus moderne et surtout plus agréable. Le samedi, Ernest Puppa aimait venir si asseoir quelques instants, regardant les enfants s'amuser au jeu de l'oie géant qui y avait été dallé. Assis sur un banc, il observait les habitants du bourg qui tous venaient faire un petit tour au marché qui se tenait le long de la rue des terreaux. Le mois de mai semblait cette année avoir pris un départ resplendissant. Le soleil  avait jusqu'à présent été constamment au rendez-vous et la nature remerciait ce don du ciel en se parant de couleurs chamarrées des plus diverses.
Ce soir, Ernest irait jouer au billard avec Charles, la personne qu'il estimait être son meilleur ami. Très régulièrement il se retrouvait dans un bistrot de la ville pour combattre dans la meilleure fraternité autour d'une table à six trous. Ensuite devant un verre ils refaisaient le monde, philosophant sur des sujets divers et variés dans une bonne humeur fraternelle.
La petite fontaine carrée qui se trouvait à ses côtés toussa quelques fois le tirant de sa rêverie matinale. Il lui sembla que quelqu'un l'appelait :
« Ernest t'as vu ça ?
Levant la tête, il aperçut Bernard, le pâtissier, qui confectionnait avec soin et bon goût les gâteaux que l'on servait dans le salon de thé qui animait la place. Penché à la rambarde, il regardait en direction de Puppa, lui montrant du doigt le jeu de l'oie qui se trouvait à quelques mètres en contrebas. Intrigué, Ernest alla voir quel mystère semblait mécontenter son interlocuteur. 
-Gex est plein de voyous ! Dégrader par plaisir, c'est tout ce qu'ils savent faire !
Effectivement la moitié de l'image vingt-trois était recouverte de traces rouges. Ernest se pencha sur l'image défigurée, posa un doigt circonspect sur la tâche et l'amena vers son nez.
-C'est de la peinture ! Répliqua-t-il à son copain qui se trouvait à présent à ses côtés.
Armé d'une éponge et d'un seau d'eau, à quatre pattes, il s'activa rapidement à réparer les dégâts. Un litre de térébenthine dû lui venir à l'aide, pour effacer les dernières traces restantes. L'illustration de cette case représentant un tracteur réapparut dans toute sa splendeur.
-Que j'prenne  les gosses à refaire çà, j'leur casse la tête !
Puppa s'amusa de la remarque.
-Tu connais les petits vandales ?
-Non mais j'me doute bien de qui il s'agit. Y'a un p'tit groupe de gamin qui semble désœuvré et qui le soir venu, s'approprie souvent la place! Même qu'ils dérangent les clients avec leurs cris et jeux stupides.
Pas méchants ces enfants ; Puppa les connaissaient bien, il faudra qu'il leur parle à l'occasion, question d'éviter un incident de voisinage regrettable.
Il prit congé de Bernard, lui promettant de mettre de l'ordre dans ce désagrément.

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Le jour venait à peine de se lever qu'Alphonse se préparait déjà à quitter la ferme familiale pour se rendre sur ses terres. Le jour du labour était venu.
Assis sur son gros tracteur, il accomplit, en un temps record, les six kilomètres qui le séparaient de son labeur en un. Enfin ; Si l'on peut considérer trente minutes comme un exploit. Effectivement pour son énorme engin on pouvait estimer que la vitesse était impressionnante.
Le socle de la charrue profondément planté dans la chair de son pré, il débuta son ouvrage. Il lui faudrait deux bonnes heures pour accomplir son ouvrage. Ensuite une dure journée se présentait devant lui. Il devait s'occuper des bêtes, aller chercher les semis chez les Duvillard, ensemencer ses champs. Le courage, il en avait. Il adorait son métier et les propositions alléchantes de quelques promoteurs immobiliers ne lui feraient jamais vendre ses propriétés. Par contre ce n’était pas le cas de sa sœur avec qui il partageait l'usufruit de l'exploitation. Elle ne nourrissait aucunement la même ambition.
« Celle-là, y'a qu'le fric qui compte ! » Maugréa-t-il.
Son attelage longea un petit bois dont il était également propriétaire. Plongé dans ses pensées, il ne vit qu’au dernier moment la personne qui sortit des fourrés se planta pile en face de lui.
Alphonse la connaissait.
« Eh salut qu'est-ce que vous faites ici, c'est pas l'époque des champignons ! »
D'un signe de la main Alphonse fut invité à descendre de son engin. Arrivé à la hauteur de son perturbateur, un signe de la tête lui montra l'une des roues de son véhicule.
Alphonse intrigué se retourna pour comprendre le problème, quand un violent coup le frappa à la tête, inanimé il tomba lourdement sur le sol. L'agresseur après avoir revêtu une paire de gants prit calmement possession de la machine qui tournait au ralenti. Le tracteur s'ébranla lentement en direction de la victime, l'une des roues passa sur son dos qui émit un craquement sinistre. Sans prendre la peine d'arrêter l'avance du véhicule, l'assassin sauta prestement sur le sol fraîchement labouré et tout en effaçant soigneusement ses traces, retrouva le mystère de la forêt.

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La soirée s'était déroulée, agréablement. Ernest avait perdu toutes les parties de billards. Il en avait l'habitude. Son ami Charles était impérial à ce jeu, mais malgré la différence de leurs niveaux d'habilité qui les séparait, ils aimaient ses soirées entre copains. 
Puppa avait tout de même remarqué un changement dans l'attitude de son ami. Il n'avait cette fois pas fait "exprès" de perdre quelques matchs. Ses victoires avaient été totales, sans ce petit brin de pitié qu'il lui concédait à l'habitude.
Tard dans la nuit nos deux compères se retrouvèrent attablés devant un verre. Charles semblait ne rien avoir à dire. Silencieux, il regardait un couple qui dansait langoureusement dans un coin de la salle. Ernest ne comprenait pas ce mutisme inaccoutumé. Il fixait l'inattention de son ami, scrutant son visage dans les moindres détails. Charles arborait une immense barbe noire, des cheveux bouclés, de larges sourcils sous lesquels, deux yeux profondément enfoncés dans leurs orbites brillaient d'une intelligence peu commune. Ernest le connaissait depuis déjà cinq ans. Célibataire comme lui, il excellait dans son métier d'informaticien qui représentait pour lui non seulement un moyen de gagner sa vie, mais surtout une passion qui le retenait souvent de longues heures sur son lieu de travail. Il possédait une culture générale impressionnante et une façon de penser sortant des sentiers battus. Ernest adorait amorcer avec lui quelques propos conflictuels qui animaient à coup sûr une conversation attrayante. 
Mais ce soir les élucubrations intellectuelles n'était pas au rendez-vous!
Puppa tenta d'entamer sans succès la conversation.
Intrigué, il lui demanda :
« As-tu des problèmes ?
Charles tourna la tête, le regarda droit dans les yeux et répondit.
-Oui, Ernest, un gros problème! Gardant quelques instants le silence, il reprit. Je ne me sens pas le courage ce soir de t'en parler. Un secret me ronge. Un conflit qui pèse de plus en plus sur ma conscience.
-Dis-moi tout, je peux certainement t'aider !
-Tu détiens la solution… Mais non ! Pas ce soir. Je ne me sens pas le courage de cet aveu.
Puppa s'interrogea sur la signification de cette affirmation. Charles se leva brusquement, jeta un regard gêné vers Ernest.
-Je dois y aller, excuses-moi ! »
Il quitta sa compagnie, franchissant à vive allure les quelques mètres qui le séparaient de la sortie.
Puppa n'avait rien compris, l'étrange attitude de son copain, son départ précipité, l'avaient laissé sans voix. Dans un état second, il retourna à son bercail aidé de sa petite voiture qu'il conduisit d'une façon complètement machinale...

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Adrien Potard, entraînant sa corpulence majestueuse s'engouffra dans la pièce où Puppa savourait sa pause, sirotant lentement un café qui dégageait une odeur régénératrice.  
« Ernest ! C'est pas le moment de rêver, accompagnes les gendarmes à la ferme des Artémice, paraît que le fermier s'est tué avec son tracteur ! » 
Puppa détestait son patron. Cet imposant personnage régnait sur la brigade scientifique depuis maintenant deux ans, genre "m'as-tu vu", il roulait les mécaniques donnant ses ordres incontestés et s'appropriant unilatéralement les honneurs que lui valaient les brillants résultats de ses inspecteurs de police. Ernest était sans conteste son meilleur élément, et les solutions qu'il ne manquait jamais de découvrir lors de ses enquêtes le rendaient jaloux. Il semblait depuis quelques temps décidé à lui gâcher la vie, lui confiant des investigations sans intérêts. Et puis il avait cette manie de se faire lire toutes les notes de services par sa secrétaire, comme s'il voulait montrer un peu plus l'écart qu'il estimait poser entre lui-même et ses subalternes.
« Ok patron ! » Bougonna Ernest quelque peu agacé.  
Une petite demi-heure plus tard il se retrouvait dans le champ où le cadavre d'Alphonse présentait un piteux état. Les gendarmes commencèrent leurs investigations relevant la position du corps et les évidences de ce qui semblait être un terrible concours de circonstances. Le tracteur s'était arrêté cent mètres plus loin contre un arbre et son moteur tournait toujours.
« Mademoiselle Artémise à découvert le corps de son frère ce matin! Elle s'est inquiétée de son absence prolongée et a fait le tour de toutes ses propriétés pour enfin découvrir ce triste spectacle!
-Mais quand est-il mort ! Dit Puppa grimaçant devant l'odeur fétide qui se dégageait déjà du corps.
-Certainement hier matin !
-Et il lui a fallu une journée avant de s'inquiéter ?
La sœur du défunt qui se trouvait à quelques mètres de lui prit la parole. Elle semblait peu peinée de l'évènement et son regard sec glaça le sang de Puppa.
-Mon frère et moi, nous ne nous entendions pas vraiment et vivions sous le même toit par obligation ! Proclama-t-elle.
Puppa jaugea la femme d'un regard critique. Il n'aimait pas vraiment le ton de sa voix et sa froideur devant la mort d'un proche. Petite brunette d'une trentaine d'années, elle ne semblait prendre aucun intérêt dans son apparence qui montrait une négligence navrante. Les expressions de son visage démontraient une certaine affliction pour la vie. 
Elle reprit.
-S'était un véritable imbécile, il trimait sur ses champs du matin au soir, alors que la vente d'une seule de nos parcelles nous aurait rendu riches ! »
Puppa songea à la vérité de ses propos. En effet la proximité du Pays de Gex avec Genève avait depuis longtemps fait flamber le prix du mètre carré. C'est à cet instant, qu'un peu par hasard son regard se posa sur une trace de pas suspect qui reposait à l'orée du bois. Se désintéressant totalement de la mégère il se rapprocha de ce qu'il ressentait être un indice équivoque. Fixant intensément l'empreinte, il  pût remarquer qu'une succession de celles-ci se dirigeait en direction du champ et qu'on avait essayé de les masquer en les recouvrant de terre. Un sourire marqua son visage. 
« Un meurtre ! Pensa-t-il tout haut.
Ces compères enquêteurs le regardèrent l'air surpris.
-Eh bien oui ! » Dit-il. Et son imagination débordante décrivit la totalité de l'action. 
On découvrit rapidement que ses propos relevaient d'une exactitude surprenante. La marque d'un choc sur la tête de la victime, les traces partant à proximité de la victime pour se continuer dans les profondeurs de la forêt. Plus de doute, il jubilait, enfin un crime intéressant à résoudre. La suspecte numéro un, brillait par son évidence. La demoiselle insensible fut sommée de le suivre au commissariat pour justifier de son emploi du temps.

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« Bernard au téléphone !
Puppa pris le combiné. Bernard qui ? S’interrogea-t-il.
-Ernest, salut ! On a encore dégradé le jeu de l'oie ! Fais quelque chose où je vais massacrer un de ces petits "conards".
Puppa reconnut immédiatement l'identité de son interlocuteur.
-Fais pas de bêtise j'arrive.. ».
Heureusement qu'il arriva rapidement sur les lieux. Son copain avait déjà pris à parti un groupe de jeunes les insultant copieusement de tous les noms d'oiseaux qu'il connaissait. Ernest s'interposa à l'instant où une bagarre rangée allait se déclarer. 
« Eh ! Arrêtez ça tout de suite. Il repoussa Bernard d'une main ferme. T'es devenu fou ou quoi !
-C'est eux qu'on fait cette cochonnerie ! Dit-il en montrant le jeu nouvellement souillé.
-On y est pour rien ! » Repris Hussein, un gamin du groupe de jeunes.
Le discours très ferme de Puppa calma rapidement les esprits. Ceci étonna d'ailleurs notre inspecteur qui venait de se découvrir une âme autoritaire. Les gamins expliquèrent que le soir précédent, ils avaient eu une soirée au cinéma de Gex et étaient ensuite rentrés rapidement chez eux vu le temps exécrable que le ciel dispensait. 
« Et toi Bernard, tu les as vus faire ?
-Non ! Répliqua-t-il l'air penaud. Mais ces bons à rien, j'les connais comme ma poche !
-Fais attention comment tu nous traites ! Répliqua l'un des mômes.
Tristement sur le sol, le numéro trente qu'Ernest se rappelait être l'image d'un rugbyman était à moitié recouverte d'une tâche disgracieuse. Il se pencha pour analyser la substance outrageuse. 
-C'est du sang ! S’exclama-t-il. 
D'un seul mouvement tous les marmots prirent la fuite.
-J't'avais bien dit qu's'étaient eux ! Affirma Bernard fièrement.
Puppa secoua la tête l'air perplexe. 
-Je vais voir ce que l'on peut faire ! Puis il se tourna vers Bernard et lui conseilla de ne pas intervenir. Qu'il savait comment attraper le coupable ! »

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L'endroit sentait la sueur. Accroché à des cintres, une succession de vêtements hétéroclites attendaient leurs propriétaires. Au loin on entendait des cris d'encouragement.
« Fais la passe ! Allez, allez, plus vite ! »
La personne qui se trouvait en ce lieu qui pourtant aurait dû être désert semblait déterminée. Sa main  plongea dans un sac, en sortit une bouteille en plastique, la décapsula et déversa une poudre blanchâtre dans le liquide qui la remplissait. Après avoir activement secoué l'ensemble, elle remit le tout en place et s'éclipsa aussi rapidement qu'elle était entrée...
Au stade de Chauvilly, l'équipe première Gessienne recevait celle de Belley. Quelques rares spectateurs assistaient au spectacle.
Jean-Richard ressentait une petite fatigue et comme à son habitude, il se dirigea vers les vestiaires en prenant comme excuse la nécessité de devoir accomplir un besoin naturel. Ce grand gaillard de prêt de deux mètres, fort comme un rock brillait comme pilier dans l'équipe. Avocat de son métier il s'occupait principalement de ce qu'il aimait appeler lui-même "les bonnes relations Franco-Suisse". En fait, et ce n'était un secret pour personne, il s'était spécialisé dans la création de fausses sociétés sur les îles Caïmans. Traitant plus particulièrement avec des personnages très louches et très riches, dont la fortune provenait d'origines douteuses et indéterminées. Ses affaires terminées, il adorait venir dépenser son trop plein d'énergie sur le stade. Il possédait un petit secret concernant sa forme exceptionnelle. Elle se présentait sous la forme d'un breuvage à base de vitamine C, de caféine et énergisant divers, rien de bien légal en vérité, mais les contrôles antidopage étaient inexistants à son niveau de compétition.
Comme à l'accoutumance, il s'assura de sa parfaite tranquillité avant d'écluser son breuvage interdit, il s'assit quelques instants, profitant de sa solitude pour retrouver la motivation qui lui paraissait indispensable pour briller dans l'équipe. 
Soudain sa tête se mit à tourner, une sensation oppressante submergea sa poitrine, son souffle devint court, un flot de sueur inonda son visage, ses yeux chavirèrent, son esprit sombra dans l'inconscience.
Quelques minutes plus tard, Jean-Richard, ne faisait plus parti de notre monde.

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Ernest frappa doucement à la porte de son patron.
« Oui ! Grogna-t-il d'un ton désagréable.
Puppa pénétra dans l'antre de son chef. Assis sur un large fauteuil aux accoudoirs immenses, il trônait devant un monumental bureau qui convenait parfaitement à son orgueilleux caractère. Armé d'un stylo plume, il griffonnait quelques notes  sur le rebord de son fameux cahier de notes qui le suivait de partout. Tout le monde se demandait bien quels secrets il pouvait bien y cacher. Ceci était d'ailleurs le sujet de plaisanterie de la brigade. Chacun faisant des supputations délirantes sur le contenu de ses écrits.
-Monsieur, j'aimerai vous entretenir sur un petit problème qui perturbe la vie du centre-ville !
Adrien Potard Connaissait l'intelligence de Puppa et sa sagacité singulière. Il supportait d'ailleurs ce fait avec la plus grande difficulté. Mais il avait depuis longtemps compris qu'une écoute attentive des propos de son subalterne lui servirait parfaitement pour briller avec sa hiérarchie. 
-Qui y va-t-il Ernest ?
-Des vandales prennent un malin plaisir à esquinter le jeu de l'oie qui se trouve place de la visitation, et j'ai bien peur que ceci déclenche de malencontreux incidents de voisinage si l'on n’intervient pas rapidement.
-Je ne comprends pas !
-Eh bien oui, on déverse différents liquides sur les cases du jeu dans le but évident de dénaturer l'ensemble, les gens sont persuadés que certains jeunes turbulents sont les coupables. Mais moi-même je n'en suis pas certain. J'ai donc une idée pour découvrir le fautif, c'est de placer une caméra très discrète qui surveillera en permanence le lieu. Pourriez-vous m'obtenir ce petit système ainsi que l'accord de la mairie ?
Adrien réfléchit un instant, pensant que si Puppa le demandait, c'est que cela devait être forcément nécessaire, de plus cette petite initiative montrerait son intérêt pour la vie communale.
-Ok ! Dit-il, je m'en occupe ! »
Puppa heureux du résultat de sa requête, remercia monsieur Potard et retourna à ses occupations. Cette nouvelle le réjouissait particulièrement car, dernièrement il se sentait contrarié, agacé. Son copain Charles ne lui avait donné récemment aucune nouvelle et les messages qu'il avait laissés sur son répondeur étaient restés sans réponse. De plus l'enquête sur l'assassinat du fermier patinait dans le vide, sa sœur n'était pas la coupable. Il en était maintenant certain. Toutes les déclarations sur son alibi  s'étaient avérées parfaitement exactes. La piste des promoteurs véreux et malveillants ne l'inspirait guère. 
« Il a été empoisonné ! 
L'inspecteur Purbon chargé de l'enquête sur le rugbyman étrangement décédé, muni d’une missive en provenance du laboratoire d'analyse, montra le résultat à Puppa. Une ligne écrit en caractère gras soulignait la gravité du produit mortel. Le seul mot qui marqua l'esprit de notre compère fut "cyanure". 
-T'as une piste !
-Non, pas pour le moment, mais vu le boulot louche qui occupait la victime, j'ai bien peur de me trouver devant un long et dur labeur. Bon! Je vais annoncer la nouvelle au chef, il sera certainement choqué d'apprendre ça.
-Il connaissait la victime ?
-Oui, un peu, il est trésorier du club de rugby ! »

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La petite caméra avait été placée dans un angle permettant une vue parfaite du jeu de l'oie. Un magnétoscope tournait jour et nuit enregistrant en secret tous les mouvements qui animaient la place. Une semaine s'était écoulée sans que le moindre incident intervienne, à croire que le coupable était au courant de la surveillance.
Ce jour de marché, Puppa assit à sa place habituelle regardait une kyrielle d’enfants sautiller à cloche pied autour du jeu si parfaitement observé. Une petite fille jolie comme un cœur, rejoint le groupe. Ernest sourit en regardant cette jolie petite "poupée" aux cheveux clairs comme le jour éclater de rires en retrouvant ses copines. Ce que Puppa ne remarqua c'était un petit ballon qu'elle tenait dans la main, elle le brandit serré dans sa minuscule menotte et le lança sur le parterre. Toutes les fillettes reculèrent d'un pas en exprimant une vocifération de dégoût : 
« C'est sale ! Dit l'une.
-Beurk ! » Dit l'autre.
Une tâche rouge venait de recouvrir la case numéro cinquante-neuf, cachant ainsi la figurine montrant une cavalière.
La mère de la petite coquine occupée à papoter avec une amie se rendit enfin compte  que sa jolie gamine avait fait une bêtise et accourue suivit bientôt par Ernest qui demanda :
« Mais, pourquoi as-tu fait ça ?
-C'est un monsieur qui m'a demandé de lancer son ballon sur l'image avec le cheval, il m'a dit que c'était rigolo !
-Quel monsieur ?
-J'sais pas !
Nulles autres informations ne purent être extirpées de l'enfant qui repartit tranquillement accrochée à la main de sa maman.
Bernard qui avait également assisté à la scène s'amusa de l'histoire.
-Il semble que ton système vidéo n'est un secret pour personne !
Puppa hocha de la tête. Il trouvait la plaisanterie douteuse. On voulait se moquer de lui, certainement un petit plaisantin qui voulait le tester.
-On laisse la caméra à sa place, on ne sait jamais, de plus on a l'autorisation de surveillance pour un mois. Si jamais tu vois quelque chose, n'hésite pas à m'appeler ! »
Puppa perplexe prit congé de son ami. En tous cas la culpabilité des jeunes me semble totalement écartée. Quoi que...  

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Madame Potard était une cavalière émérite. Elle adorait le cheval et son plus grand bonheur résidait dans de longues promenades sur le dos de son coursier préféré. Adrien avait dans le passé pratiqué l'équitation, accompagnant sa femme dans ses randonnées habituelles, ceci, jusqu'à ce fameux jour où une mauvaise chute l'avait laissé pendant une semaine dans un coma profond. Il en était ressorti avec de profondes séquelles qu'il avait avec difficultés réussies à surmonter. 
Sa femme accomplissait souvent de longs périples chevalins avec la compagnie des membres de son club équestre.
Lui, restait seul, pas si mécontent de son sort.
Monsieur Potard était un invétéré coureur de jupon et depuis peu il avait rencontré une jolie demoiselle qui flattait le déclin de sa cinquantaine et lui faisait oublier les profondes rides qui, sournoisement, avaient zébré son front. 
Ce matin, son épouse l'abandonnait une fois de plus à ses infidélités, ceci pour longer en solitaire la chaîne du Jura. Une promenade qui lui était familière pour l'avoir parcourue des dizaines de fois. Elle connaissait sur le bout des doigts ces petits sentiers qui l'emmenaient jusqu'à Bellegarde. Les couleurs de la belle saison l’enchantaient et pour rien au monde elle aurait dérogé à cette balade.
Le soleil était au rendez-vous et le galop de son coursier l'emplissait d'un bonheur sans partage.
Calmant l'ardeur de sa monture, elle s'engagea dans un petit chemin qu'elle savait particulièrement étroit et sinueux. Celui-ci la conduisit dans son aire de pique-nique favori.
En effet, elle avait repéré ce petit coin de paradis où une petite trouée dans les arbres lui permettait de savourer sa collation tout en admirant la chaîne des Alpes qui se dessinait dans le lointain. 
Mais elle ne savait pas qu'aujourd'hui, la mort serait au rendez-vous. 
Assise tranquillement sur un rocher, les yeux perdus dans le spectacle des neiges éternelles, elle ne remarqua pas la nervosité subite de son destrier.
C’est au dernier moment que le craquement sinistre d'une branche que l'on casse l'a rappela à la réalité. Malheureusement pour elle il était trop tard. Le coup porté sur le sommet de son crâne fut d'une violence inouïe. Son canasson effrayé dans un hennissement lugubre s’enfuit à grandes enjambées. Pour elle cela n’avait vraiment plus d’importance sa dernière étincelle de vie venait de la quitter.
Le criminel, l'empoigna sous les bras et la tira difficilement jusqu’au milieu du chemin, laissa près d'elle le branchage mortel et après avoir calmement effacé toutes traces de sa présence, rangea avec soin ses deux gants de cuir dans son veston. C’est à cet instant qu’il commit probablement sa première faute. Un petit paquet d'allumette qu'il possédait, s'échappa comme par miracle de sa poche et vint sans bruit rejoindre la caillasse…

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« Ernest !
-Oui ! C'est toi Charles ? J'étais inquiet, sans nouvelle...
-Il faut que je te vois !
-Bien sûre, mais qui y'va-t-il ?
-Je ne peux rien te dire au téléphone... J'ai beaucoup réfléchi, je ne voulais rien t'avouer, mais c'est trop dur...
-Je viens chez toi !
-Non, il est préférable que l'on se voit dans un endroit public ! 
-Pas de problème !
-Ce soir vingt heures, au PMU de Gex ! »
Ernest n'eut même pas le temps de confirmer la rencontre que le sinistre Bip du téléphone raccroché retentissait déjà dans son oreille. Plongé dans une profonde rêverie, il chercha à imaginer la terrible faute qu'avait pu commettre son pote. Meurtre, vol, maladie, toute son imagination de détective hors pair turbina à la recherche de l'improbable faute.

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La consternation régnait ce matin au commissariat. Tout le monde parlait de la mort accidentelle de madame Potard. Son mari effondré, s'était rendu immédiatement sur l'emplacement du décès. 
Une affliction profonde semblait l'avoir submerger. Accompagné de l'inspecteur Purbon, il se tenait penché sur le corps sans vie de sa femme. Ressassant ses années de bonheurs qu'il avait si bêtement laissées passer. Au-dessus de lui, l'arbre coupable lui dispensait une ombre rafraîchissante. 
« Elle appréciait tellement ses ballades. Une seule petite faute d'inattention, et voilà, une vie envolée à jamais ! »
De son côté Purbon, observait avec attention la scène, s'imaginant en détail le chemin qui avait conduit madame Potard jusqu'à la collision.
Pour lui quelque chose ne collait pas. La branche cassée ne se trouvait manifestement pas à une hauteur suffisante pour heurter le crâne d'une cavalière. A cet instant, il découvrit la petite boîte d'allumette, dont le parfait état témoignait de sa présence récente. 
« Regardez ! S’exclama-t-il. Quelqu'un accompagnait-il votre femme ?
Potard regarda son adjoint d'un air étonné.
-Je ne crois pas!
-Regardez ça ! » 
Montrant la pochette d'allumettes, il pointa sur le logo qui provenait d'un bar Gay très connu de la région. 
Les investigations qui suivirent prouvèrent avec simplicité le déroulement de l'homicide.

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Une semaine était passée depuis le terrible drame qui avait endeuillé le milieu policier. L'enterrement de madame Potard fut particulièrement émouvant. Le discourt que fit son mari ne permît aucun doute sur les moyens qui seraient mis en œuvre pour mettre le criminel sous les verrous.
Ernest ne fut qu'à moitié présent à la cérémonie. Son copain Charles n'était pas venu à la rencontre qu'ils s'étaient fixée et depuis il ne l'avait pas revu. Puppa ressentait une certaine tristesse mêlée d'inquiétude, cette énigme représentait un véritable casse-tête et plusieurs fois il s'était réveillé en pleine nuit des images de son amis saturant son esprit. Puppa avait cette particularité d'obtenir la plupart des solutions de ses enquêtes pendant son sommeil. C'était comme si tous les indices qu'il avait emmagasinés pendant la journée prenaient leurs places respectives reconstituant ainsi le déroulement de l'action. Mais pour Charles aucun cauchemar rationnel n’avait illuminé son esprit.   
Depuis ce terrible drame, Potard était devenu terriblement nerveux. Ne comprenant pas pourquoi l'enquête n'avançait pas assez vite. Il traitait tous ses collaborateurs de propos injurieux et l'ambiance du commissariat était devenue malsaine. Par rage il avait même détruit l'appareil qui permettait la réception de l'image de surveillance du jeu de l'oie. Puppa en avait été navré. 
« Vous feriez mieux de vous occuper d'affaires plus sérieuses ! » Avait-il rétorqué.

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Ce soir Puppa assistait à une petite soirée musicale à l'église de Gex. Une sorte de joute entre deux excellents guitaristes locaux. Ernest connaissait particulièrement l'un d'eux. Julien Toine, un garçon d'une intelligence rare dont la force d'esprit subjuguait son entourage. Pourtant ce brillant personnage avait su rester très simple, ne laissant aucunement paraître la supériorité intellectuelle qui l'animait incontestablement. Ernest allait souvent le voir dans sa petite maison de village qu'il partageait avec son adorable compagne. Les propos enrichissant que lui dispensait ce singulier personnage emplissaient Ernest de bonheur. Et à la fin de leurs soirées, Julien ne pouvait s'empêcher de lui interpréter quelques airs venant tout droit de la Renaissance, période que notre musicien affectionnait tout particulièrement. 
La soirée fut couronnée d'un succès mérité. Tout l'auditoire se retrouva avec les deux mélomanes autour d'un buffet alléchant. 
A la grande surprise de Puppa son redoutable chef était présent, entouré de trois notables. Il parlait haut et fort, comme il en avait l'habitude. Son besoin de briller en publique le poussait à s'imposer ainsi, déballant son savoir de propos emphatiques avec la ferme intention d'en mettre "plein la vue" aux personnes qui l'écoutaient. Tous les sujets étaient passés en revue et ses affirmations catégoriques ne laissaient que peu de place à des réparties contradictoires. 
Julien ne l'appréciait guère. Ils s'étaient dans le passé  méchamment accrochés à la sortie du magasin de musique qui se tenait rue du commerce. Puppa avait pu observer la scène de la fenêtre de son appartement, les deux hommes en étaient presque venus aux mains, et seul l'intervention judicieuse du propriétaire de l'échoppe permit d'éviter le grabuge. 
Quel était la raison de cette incartade ?
Ernest ne le savait pas. Interrogé, Julien lui avait simplement répondu que ce rustaud était arrogant et odieux.
Voyant Julien non loin de lui, Potard arrêta net son monologue et l'interpella, lui demandant son opinion sur la musique contemporaine. Étonnement, il se prêta à ce jeu de questions, réponses que lui imposait son interlocuteur. Ne pouvant évidemment pas le prendre à défaut sur le sujet musical, Potard détourna la conversation sur l'art en général. Julien commença rapidement à se lasser de cet allé et retour infatué,  d'autant plus qu'ils étaient devenus le centre d'intérêt de la salle. Soudain la conversation tourna court. Une réponse inattendue sortit de la bouche
de Julien :
« Vous savez, je n'en sais rien. Moi, je ne suis pas comme vous un intellectuel !
-Qu'est-ce qu'un intellectuel ? Demanda Potard.
-C'est quelqu'un qui s'intéresse à ce que font les autres.
-Ce n'est pas votre cas ?
-Non, moi je fais partie de ceux qui font les choses! » Puis il tourna les talons Laissant la mine déconfite de son allocutaire.
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Une fois de plus, le peintre avait fait sa sale besogne. Le numéro cinquante-deux, une clef de sol, avait à moitié été recouverte par une substance grasse et rougeâtre.
Bernard se frottait les mains pensant que le mauvais gaillard allait bientôt se faire prendre.
« Un petit coup d'œil à l'enregistrement et tu le coffres ! Dit-il à Puppa.
Ernest resta muet quelques instants puis répondit.
-Le problème, c’est que le système ne fonctionne plus ! »
Tout en formulant cette absurdité, il se forgeait la certitude que quelqu'un de son entourage lui jouait un mauvais tour. Mais il ne maîtrisait pas le pourquoi de ce divertissement idiot.
De toute façon il n'en avait cure. Hier soir, après le concert, il avait rencontré Charles. Son ami l'attendait à quelques pas de l'entrée de son appartement. Refusant d'y monter, il l'avait suivi pour boire un café dans un petit établissement du coin.
Assis dans un coin de la salle, un peu à l'écart. Les deux hommes se faisaient face. Charles semblait terriblement triste. Son regard fuyait celui de Puppa comme s'il avait peur que ses yeux ne dévoilent de terribles secrets. Ernest décontenancé formula des propos sans importances, essayant quelques touches de plaisanteries pour détendre l'atmosphère.
Charles, commença ainsi la conversation :
« De tous mes amis, tu es celui pour qui je ressens le plus d'affinité...
Les mots semblaient s'égrenés avec la plus grande difficulté. Il continua.   
-Depuis quelques mois, je ressens pour toi une inclination qui me trouble. Un désir qui me submerge.
Puppa n'osait à peine comprendre ce qu'il entendait. Son visage se tordit d'un rictus déplaisant.
-Je croyais avoir vaincu depuis longtemps ces pulsions illégitimes... Te souviens-tu de Chloé ?
Puppa se remémora cette adorable jeune personne qui avait pendant cinq années partagé la vie de Charles et avec qui il avait subitement rompu.
-Je n'ai pas continué ma relation avec elle. Reprit-il. Par amour pour toi !
Ernest sentit son visage se couvrir de moiteur. Avait-il rougi ou bien pâli, il ne le savait pas. Mais, un profond dégoût avait définitivement pris possession de son corps. Pendant un furtif instant, son imagination l'avait conduit tout droit dans les bras de Charles et ceci lui donnait la nausée. La simple proximité de Charles l’écœurait à présent. Ses mains crispées, il répliqua.
-Mais je ne suis pas Homosexuel!
Charles comprit immédiatement que ses derniers instants d'amitié venaient de s'envoler.
-Tu me répugnes ! Voulu ajouter Puppa. Mais son intelligence lui suggéra de ne pas heurter Charles qui paraissait en cet instant terriblement vulnérable. Il lui expliqua calmement son aversion naturelle pour ce genre de pratique. Qu'il n'avait aucune chance avec lui et que, peut-être, il devrait s'éloigner l'un de l'autre pendant quelques temps.
Pour Puppa, tout semblait être dit. Il  se leva de sa chaise.
- Je crois qu’il vaut mieux que je m’en aille.
Charles lui emboîta le pas. Peut-être espérait-il que son ami change d’avis.
Ils marchèrent côte à côte dans un silence de mort.
Arriver devant sa voiture. Charles murmura.
-Je t'appellerai demain !
-Non, ce n'est pas la peine ! » Pensa Ernest en hochant de la tête…
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Attablé à son bureau, Puppa tapotait sur son clavier d'ordinateur. Il essayait ainsi de remettre ses idées en place. Cette nuit il avait très mal dormi, se retournant sans cesse, agité pas un sommeil qu'il n'arrivait pas à rejoindre. Le comportement de Charles, il le ressentait comme une trahison. Jamais, jamais il ne lui pardonnerait.
Potard s'arrêta prêt de lui.
« Ernest, à partir de maintenant, vous êtes responsable de l'enquête concernant la mort de ma femme! Il me semble que le milieu homosexuel vous est très familier ! » Chuchota-t-il, un rictus de moquerie dessiné sur ses lèvres.
Potard connaissait-il Charles ? Comment était-il au courant de ses penchants bizarres ? Puppa resta muet d'interrogations. De toutes façons Potard n'attendait pas vraiment une réponse, il avait continué son chemin disparaissant aussi vite qu'il était apparu.
Et si Charles était un assassin? Et si pour quelques étranges raisons il avait supprimé madame Potard.
Mais non, impossible !
Ernest se souvenait d’une conversation qu’il avait eue avec lui concernant son problème d'allergie aux poils d'animaux. Chiens, chats, chevaux avaient le pouvoir de l'étouffer en quelques secondes.
A cet instant l'analogie qui aurait dû depuis longtemps lui être évidente, s'imposa clairement à sa pensée. 
« Le jeu de l'oie ! Dit-il d'une voix forte. 
Purbon qui présentement venait le voir, répondit.
-Qu'est-ce qu'il y a encore avec ce jeu de l'oie ?
-Eh bien oui, la marque sur le tracteur est arrivée le jour avant la mort du fermier et puis il y a eu celle du rugbyman, puis, de la cavalière !
-Tu veux dire qu'un tueur en série...
-Oui, c'est évident par ce petit stratagème, il veut nous donner la piste de sa prochaine victime. N'as-tu pas remarqué que le décès de toutes les victimes était maladroitement maquillé en accident, comme si le criminel voulait jouer avec notre intelligence, nous tester ! »
D'un  seul coup la morosité de Puppa avait disparu, cédant place à sa clairvoyance d'inspecteur de génie. 
Il allait le trouver ce fumier !
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La découverte de Puppa s'était répandue telle une traînée de poudre. Potard s'était soudainement rapproché de lui. Il avait compris que Puppa tenait la bonne piste. Il avait décidé de faire tout son possible pour aider son subalterne. Le remplaçant même dans des affaires sans importance, tel ce vieux monsieur Juvon qui s'était fait cambrioler et attaquer pendant la nuit. Un pauvre gars dont la mauvaise vue handicapante ne lui permettait pas de sortir très souvent de chez lui. Il était donc allé avec l'un de ses gendarmes  constater le délit. Le pauvre homme avait reçu un coup sur la tête heureusement sans gravité.
Purbon l'avait déjà rencontré dans le passé en tant que bénévole aidant les personnes âgées, c'était peut être également la raison qui l'avait décidé à intervenir personnellement sur la scène du délit. En fait, le malheureux personnage avait oublié de fermer sa porte à clef et la malchance aidant, un vagabond avait profité de l'aubaine pour entrer chez lui par effraction et lui voler ses économies.
Ensuite il avait retrouvé Puppa sur la place de la Visitation. La maniaque venait encore de frapper, enfin plutôt, venait de peindre! La clef de sol à moitié recouverte d'un enduit rouge lui glaça le dos.
« Il faut surveiller tous les musiciens ! Suggéra-t-il à Ernest. L'un d'eux va se faire occire, c'est sûr ! »
Puppa prit en charge l'organisation de cet état d'urgence. Un policier prit même place dans son appartement pour surveiller le magasin de musique de la rue du commerce. Mais ce n’était pas la bonne piste.
Le criminel frappa cette fois d'une façon particulièrement inattendue.
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Puppa conduisait lentement, excessivement respectueux des indications routières, il ne ressentait pas ce besoin de puissance et domination que la conduite à grande vitesse apportait. Ceci exaspérait Potard qui se tenait à ses côtés.
« Allez Ernest ! Plus vite.
Puppa maugréa et appuya un tantinet sur l'accélérateur.
-Vous dites qu'il s'agit d'un meurtre maquillé en suicide ?
-Oui, Ernest! Bon, je n'en suis pas certain, mais quand on m'a téléphoné en m'affirmant que la victime s'était pendue avec une corde de guitare. J'ai immédiatement fait l'analogie avec la note de musique du jeu de l'oie.
Puppa cogita en silence.
-Pas si bête ce chef  Il est vrai que depuis la mort de sa moitié, il se sentait particulièrement impliqué dans tous les évènements qui pourraient mettre à jour  le coupable.
-Le pauvre homme. Un mal voyant. Et dire que je lui ai rendu visite la semaine dernière !
-Vous le connaissiez ?
-Un peu. Son appartement avait reçu la visite d'un cambrioleur, le pauvre vieux. Il n'y avait pas grand-chose à prendre chez lui, un peu d'argent. Et pour çà il avait reçu un bon coup sur la tête ! »
Arrivé sur place. Ils assistèrent au triste spectacle du corps que l'on décrochait de son funeste échafaud. Sur un petit meuble une radio diffusait une musique qui semblait familière aux oreilles de Puppa.
« La radio était-elle en marche quand vous êtes arrivé ? Demanda-t-il à l'un des officiers de police qui étaient arrivé en premier sur la scène.
-Oui, un  CD qui semble jouer en boucle !
Puppa commença immédiatement ses fouilles minutieuses, recherchant le détail qui lui désignerait une piste essentielle. L'analogie qui lui permettrait de trouver le lien entre ces quatre terribles affaires. Potard assis à la table restait les yeux dans le vague. Ernest en regardant par-dessus son épaule remarqua un numéro de téléphone qui avait été écrit sur le coin droit  de la nappe.
-Vous avez vu ça ? Dit-il pointant du doigt la succession de chiffres.
-Non ! Dit Potard d'un ton inattentif. Puis se levant, les yeux dirigés sur le plancher, il se mit à le scruter avec minutie.
Ernest sourit de ce singulier comportement. Comment pourrait-il découvrir quelque chose sur le sol alors qu'il n'avait même pas remarqué un sérieux indice qui se trouvait sous son nez ! Se gantant la main Puppa prit le combiné téléphonique et entreprit de composer le numéro.
« Bonjour, vous êtes bien au cabinet d'ophtalmologie du Docteur Blouti, nous sommes fermés tous les lundis mais veuillez...
 -C'aurait été trop facile ! Ce genre d'indice ne marche que dans les films! Dit Puppa à son collègue qui venait d'arriver. Il raccrocha le téléphone et expliqua brièvement la situation à Purbon. Ensemble, ils entreprirent de continuer leurs fouilles dans les pièces adjacentes.
Leurs recherches s'avérant totalement infructueuses, ils décidèrent d'emboîter le pas à leur chef qui venait de partir. Au moment de franchir le pas de la porte, Puppa s'immobilisa et murmura :
« Los seys libros del delphine de musica !
-Tu parles espagnol ? Lui demanda Purbon.
-Non, pas vraiment ! » Répondit-il la tête plongée dans des pensées confidentielles.
Ceci énervait son collègue au plus haut point. Puppa avait ce don exceptionnel de s'attacher à des détails que lui seul pouvait discerner, et, au lieu de les divulguer sur-le-champ, il les gardait profondément cachés dans son entendement solitaire, ne divulguant qu'au dernier moment l'éclatante vérité.
Pourtant cette fois, Puppa n'avait aucune envie de dévoiler quoi que ce soit. L'information qu'il venait de découvrir l'indisposait excessivement. Non! Ce ne pouvait pas être possible. Le suspect qui venait de s'imposer à ces yeux, il l'appréciait particulièrement, le considérait comme un ami. Pourquoi aurait-il fait cela?
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Puppa restait là. Planté devant la jolie porte sculptée qui protégeait la demeure de son ami Julien Toine. D'une des fenêtres légèrement entrouvertes glissaient quelques notes qui se succédaient habilement. Le compositeur de cet air mélodieux il le connaissait particulièrement bien, Julien lui avait compté sa vie et expliqué les subtilités de ses compositions. 
« Luis de Narvaez ! » Murmura Ernest entre ses dents.
A l'instant où il voulut appuyer sur la sonnette, son regard aguerri remarqua de nombreuses traces de peintures rouges qui teintaient légèrement son voisinage. Ses soupçons seraient-ils fondés ? Que dirait-il à son ami ?  Il ressassait dans sa tête la suite des évènements.
Paulette lui ouvrira la porte. Tout sourire, elle manifestera le plaisir de le voir en l'embrassant sur les deux joues, l'invitera à la suivre, ajoutera que Julien sera ravi de le voir.
Mais cette fois sa visite était de mauvais augures.
Puppa espérait profondément qu'il se trompait. Que ses conclusions étaient trop hâtives...
« Alors Ernest qu'attends-tu à ma porte, entres !
Puppa n'avait pas entendu Paulette arrivée. Derrière lui depuis quelques instants déjà, de retour de l'école, elle tenait son petit Vincent par la main et l'observait avec amusement.
-Paulette! Quelle surprise ! Répondit Puppa l'air gêné.
-J'habite là mon cher ! Julien ne t'a peut-être pas entendu sonner, il prépare son prochain concert avec tant d'acharnement !
-Euh ! Je reviendrai plus tard, je ne veux pas le déranger. J'ai essayé de le joindre hier soir au conservatoire sans succès! Mentit Puppa.
-Pourtant il y est resté très tard dans la nuit ! Mais entres! Il sera heureux de te voir !
 Effectivement Julien fut enchanté de la présence de Puppa. Une ferme et amicale poignée de mains certifia ce sentiment.
-Que me vaut le plaisir de te voir !
-Rien de bien réjouissant, j'en ai peur...
Puppa venait de pâlir, un frisson d'inquiétude parcourait son échine. Il réalisait qu'il allait bientôt perdre son deuxième ami. Mais l'indice qu'il avait découvert, tendait un doigt accusateur en direction de Julien. 
-Qui y'a t'il mon ami, tu as un problème ! 
-Un homme est mort, cette nuit, accroché au bout d'une corde de guitare. 
-Pauvre homme ! S'exclama Paulette.
-Sur sa radio, un disque compact jouait en boucle l'œuvre que tu affectionnes particulièrement, celle de Luis de Narvaez !
-Et tu crois que j'ai fait le coup ? Grogna Julien furieux.
-Non ! Ajouta Puppa d'une voix miséricordieuse, semblant quémander le pardon de son acolyte. Mais comprends-moi, il faut que je m'assure de ton innocence, c'est mon métier! 
Paulette restait dans son coin, les bras ballants, scrutant les réactions de son mari.
-Ce n'est pas toi ? Lui demanda-t-elle. Dis-lui que ce n'est pas toi !
-Non mais tu es folle !  J'étais au conservatoire de musique de Genève la nuit dernière !
-Si tu as un témoin qui peut confirmer tes affirmations, en précisant ta présence entre minuit et une heure du matin, il n'y aura aucun problème ! Reprit Puppa soulagé.
-En fait ! Continua Julien j'ai bien peur d'être resté seul dans le bâtiment, le gardien m'avait fourni une clef pour pouvoir m'éclipser suivant mon bon vouloir ! »
Cette affirmation, ne présageait rien de bon. Puppa extrêmement embarrassé, demanda à Julien de bien vouloir le suivre.
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Les investigations qui suivirent accusèrent Julien. Tout d'abord les traces de peinture suspicieuse sur sa porte d'entrée n'avaient aucune raison d'être ici, la peinture rouge n'étant pas utilisée dans la maisonnée. Mais d’autres preuves irréfutables furent trouvées. Sur l'un de ses pantalons, quelques cheveux provenant de madame Potard. Dans son placard à chaussure, un peu de terre de chez Alphonse. Et une petite fiole contenant du cyanure perdue au plus profond d'une poche de son survêtement. Ces funestes découvertes furent faites en la présence de Potard qui faillit défaillir en pensant à l'effroyable mort de sa moitié. Il jura qu’il s'assurerait que le coupable passe le restant de ses jours en prison. 
« Il n'y a aucune possibilité de se tromper sur sa culpabilité ! » Ajouta l'inspecteur Purbon, devant la femme de Julien qui jurait comme alibi d'avoir passé toutes les journées meurtrières en compagnie de son époux…
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Six mois avaient passé au-dessus de cette sale affaire. Puppa, lui, ne l'avait pas vraiment oubliée. Assis sur son banc place de la Visitation, regardait une kyrielle de bambins faire tourner la roue chiffrée qui faisait office de dé et leur indiquaient la place où aller sur le jeu de l'oie. Le ciel d'un bleu d'azur acceptait un soleil brillant de mille feux. Le marché animé n'intéressait nullement la passivité d'Ernest.
Il songeait à ce dernier coup de téléphone de Charles qui souhaitait le revoir en ami, et lui assurait une relation de franche camaraderie.
 Ernest ne lui avait même pas répondu, s'évertuant par des onomatopées à briser au plus vite cette conversation qu'il ne souhaitait pas, qu'il ne désirait pas. Depuis cet appel, Ernest avait appris que Charles avait quitté le pays de Gex.
Il en éprouvait de la tristesse, pas vraiment due à la fuite de son ex-copain, mais plutôt d'avoir rompu tous contacts en utilisant ce mutisme frustrant. Et puis, il y avait également son deuxième copain, Julien. Avec sa famille brisée, sa carrière de musicien perdu pour toujours.
Il se souvint de sa façon de clamer son innocence :
« Je n'ai rien fait»! Avait-il hurlé en écoutant le verdict implacable de son procès...
Mademoiselle Artémice passa devant lui. Elle avait liquidé la totalité de sa propriété familiale et menait maintenant grand train de vie. Le pactole qu'elle avait encaissé pour ces ventes lui avait rapporté disait-on au moins Six millions d'Euros. Il parait qu'il y avait eu, malgré tout, un Hic, dans l'héritage familial, une obscure demi-sœur s'était présentée au dernier moment devant le notaire, prouvant son appartenance incontestée à cette famille et exigeant sa part du gâteau.
« Regardez là comme elle se pavane ! Bougonna notre inspecteur, et dire qu'elle n'a même pas son certificat d'étude. Une nulle en classe se rappelait Puppa qui l'avait autrefois connue à l’école primaire !  
Pour le rugbyman, sa famille demandait toujours la vérité sur sa mort, refusant la culpabilité probable de Julien. La police continuait donc une investigation à son sujet mais ceci sans résultat probant.
Potard avait beaucoup changé depuis le décès de sa moitié, il semblait l'avoir vite oubliée dans les bras d'une jolie petite demoiselle qui dénotait singulièrement avec son âge et sa corpulence. Mais il lui fichait la paix maintenant.
Avait-il enfin accepté sa perspicacité singulière, Puppa le croyait et en ressentait un certain soulagement...
-Eh, le rêveur, On l'a eu ce salopard ! »
Bernard tout sourire, du haut de sa terrasse, constatait le bienfondé de l'arrestation. Nulle détérioration n'avait plus été enregistrée sur le jeu de l'oie et ceci ajoutait une pierre supplémentaire sur les fondements de la responsabilité totale de Julien.
Puppa dispensa un maigre rictus à l'adresse de son copain. Il allait lui faire part de sa tristesse quand une idée soudain germa dans son esprit. La logique des crimes ne semblait pas avoir été totalement respectée.
Pourquoi, julien se serait-il si évidemment accabler en laissant cette musique accusatrice chez sa dernière victime? De plus il n'avait pas du tout le profil d'un tueur en série. Donné la mort par plaisir,  cela ne pouvait être que l'acte d'un maniaque, certainement pas celui d'une personne ayant son intelligence et sa délicatesse
Et cette boîte d'allumette semblant montrer à Puppa le chemin de Charles.
Remettant en ordre toutes les pièces de ce qu'il considérait comme un puzzle, Ernest découvrit enfin le détail évident sur lequel il était passé. 
Le visage blême, le souffle coupé par sa découverte, il se leva brusquement et se rua en direction de son logis, renversant presque, sur son passage, Bernard qui se sentant l'âme de converser venait de S'approcher de lui.   
Son premier geste en entrant dans son appartement fut d'empoigner le téléphone.
« Allô ! Docteur Caverli, pouvez-vous me recevoir tout de suite ?
-Je parts manger, ça ne peut pas attendre cet après-midi ?
-Non c'est très grave ! Reprit Puppa.
-OK, je vous attends ! »
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La salle d'attente était vide, Puppa pénétra donc dans le cabinet du docteur l'air très anxieux.
« Ca n'a pas l'air d'aller bien fort Ernest, encore ce fameux mal de dos ?
-Non, docteur, j'ai besoin d’informations sur une maladie rare !
Caverli s'amusa de sa question. Il connaissant parfaitement l'habitude qu'avait Puppa de trouver des solutions particulièrement inaccoutumées pour résoudre des énigmes éminemment ardues. Qu'avait-il maintenant en tête ?
-Et bien voilà, docteur, j'ai entendu parler de l'héminégligence ! Est-ce une véritable maladie ?
Le médecin sortit un énorme livre de sa bibliothèque, consulta quelques notes qui marquaient l'une de ses pages, et bien justement j'ai l'un de mes patients qui est atteint par ce problème, je ne le suis pas directement mais...
Puppa se leva de sa chaise.
-Merci docteur ! Combien vous dois-je ?
-Mais !!! Rien ! »
Puppa lui serra la main, et en lui lançant une dernière salutation, s'évapora du cabinet
« Curieux bonhomme ce Puppa ! » Rumina Caverli quelque peu dépité.
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« Et dire que par ma faute un innocent est en train de pourrir dans un cachot ! Puppa parlait dans son sommeil tourmenté.
Ses cauchemars étaient hantés par la conviction de la culpabilité d'un immonde individu, d'un homme qu'il connaissait bien et qui l'avait conduit sur une fausse poste. Il le voyait rodé autour de lui, le regardant d'un air narquois semblant dire "Je t'ai bien eu !"
Puppa ne comprenait pas les raisons les raisons qui avaient guidé la main meurtrière de cet horrible individu. Le pire c'est qu'il ne pensait pas pouvoir confondre, et puis, qui le croirait ? »
Dès cinq heures du matin il fut debout en route pour son lieu de travail.
Le commissariat était pratiquement désert en cette heure matinale. Seul un officier de service l'air bien fatigué baillait à sans décrocher la mâchoire.
« Vous pouvez rentrer chez vous, je prends la relève ! » 
L'homme ne se le fit pas dire deux fois et après un "Merci" endormi, il partit le pas chancelant.
Sans attendre Puppa se dirigea vers la pièce qui lui confirmerait ses craintes. Il crocheta la serrure, se disant que rien ne lui résistait. Devant lui se trouvait le bureau de Potard. Ce qu'il n'avait jamais observé jusqu'ici se révéla avec justesse à ses yeux. Seul le côté droit de sa place de travail était recouverte des paperasses habituelles l'autre côté ne comportait absolument rien. Il consulta le fameux cahier de notes de son chef et l'évidence brilla encore plus précisément. Seul le côté droit de chaque feuillet était couvert de sa griffe. 
Quelques phrases soulignées drainèrent l'attention de notre fin limier.  "Prouver l'identité de Florence" puis "Puppa serait-il homo?". Il remarqua également  un petit article de magazine soigneusement collé sur l'une des pages. Celui-ci décrivait Julien Toine de façon dithyrambique. Le décrivant comme un musicien prodigieux, un esthète hors du commun et un travailleur invétéré, sous l'article, trois mots étaient nerveusement griffonnés "Amis de EP".   
Puppa se remémora tous les détails concernant ce personnage qu'il détestait maintenant.
Le numéro qu'il n'avait pas aperçu sur la table de Juvon. Les traces de peinture recouvrant essentiellement une partie des images du jeu de l'oie. La façon dont avait été recouverte l'image lorsque le jeu était sous surveillance. Sa façon subite de s'intéresser à des broutilles telles le vol chez Juvon, alors qu'à l'habitude il se bornait uniquement à des tâches beaucoup plus nobles. Il était chez Julien quand on avait trouvé les cheveux de sa femme. Quoi de plus aisé que de les avoir déposés lui-même ! 
Ernest se trouvait devant un véritable casse-tête. Comment allait-il prouver ses soupçons?
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Après avoir cogité et enquêté toute la journée, l'esprit emplit de certitude. Il retrouva ses pénates avec l’assurance de la culpabilité de Potard. Il s'endormit et se retrouva plongé dans un rêve tourmenté et révélateur.

Potard malgré les apparences détestait sa femme. Certainement depuis ce terrible accident de cheval qui lui avait imposé des lésions cérébrales le diminuant, lui "l'être supérieur" d'une tare difficile à surmonter. Il lui était effectivement devenu impossible de discerner la moitié gauche des choses.
Plus tard, dans le cours de sa vie, Il avait rencontré une jolie fille de 26 ans, dont il s'était entiché. Abandonnée dès sa naissance, la demoiselle voulant connaître sa véritable identité avait demandé à son influent amoureux d'obtenir  les informations auprès de services concernés, ce qu'il fit, dévoilant ainsi sa filiation avec les Artémises. Potard prit les renseignements sur Alphonse et comprit rapidement que sa disparition permettrait de dégager pour sa chérie, un colossal magot. 
Mais comment tuer sans amener de nombreux soupçons auprès de ses services. Il décida de se transformer en tueur en série. Tout ce labeur néfaste lui permettrait ainsi de faire d'une pierre deux coups, supprimer son épouse, et refaire sa vie avec sa jeune et riche maîtresse.
Détestant particulièrement Puppa, il décida de l'entraîner dans sa folie meurtrière. Jalonnant son parcours de fausses preuves et d'indices déroutant. Il voulait absolument faire coffrer l'un des amis de Puppa.
D'abord, il essaya d'accabler Charles dont l'amitié avec Ernest était connue et l'une de ses discrètes petites enquêtes lui avait révélé l'homosexualité.
Mais il changea d'avis.
 Et il choisit plutôt  Julien, cet homme qu'il détestait,  payerait pour son insolence.
Pour lui, la mort du rugbyman était sans importance, "Un abject personnage qu'il était bon de supprimer" avait-il pensé.
L'aveugle était une cible très facile à anéantir en toute quiétude, sa première visite chez lui, lui permit de subtiliser la clef de sa porte d'entrée et ainsi de revenir accomplir sa sale besogne en toute sérénité. La corde de guitare et le morceau de musique de Narvaez que Julien avait acheté en sa présence chez "Chorus Musique" seraient la passerelle évidente qui guiderait Puppa chez son bien aimé copain. 
C’est enfin lui qui laissa les empreintes de peinture sur l'encadrement de la porte et sa présence opportune durant la fouille lui autorisa, avec la plus grande facilité, de jalonner les lieux de ces signes irréfutables.
 

Le lendemain Ernest ne prit aucun détour pour diffuser sa découverte. Il prit le chemin direct qui l'emmena dans le bureau du procureur. Vu l'importance des faits qu'il révéla et l'argumentation qu'il sut imposer. Potard fut rapidement confondu et guidé sous les verrous. Tous les faits accablants avancés par Puppa sur son dangereux chef furent facilement vérifiés.
La recherche d'identité de l'orpheline par Potard, les traces de pas relevés dans le champ, identiques aux siennes, le cyanure dérobé dans les locaux de la police scientifique, La maladie qui accablait son cerveau. Tout attesta de la réalité de ses propos.
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Ernest ressentit un profond soulagement qui effaça l'angoisse que l'emprisonnement de Julien lui avait infligée. Allongé sur son sofa, il ressassait tous les évènements. Malheureusement pour lui ce drame lui avait fait perdre ce grand ami qui avait justement, quitté immédiatement la région après sa libération, refusant complètement les excuses bien-fondés d'Ernest. 
Ceci, Permit à notre inspecteur de méditer sur les rancœurs que la vie ne permettrait jamais de gommer.
Soudain le téléphone se mit à sonner.
« Qui vient me déranger à cette heure-ci ! Se dit-il
-Allô !
-Ernest !
-Oui !
-C'est Charles ! »
Sans un mot, lentement, Ernest raccrocha le combiné téléphonique...