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Chronique du body combat 42

La photo déchirée.

Sacrés Chinois, ils ont le sens inné des affaires, rien ne leur échappe, ils sentent la bonne affaire et savent l’exploiter avec brio …
Cette chère Ya Ko Line, si jeune et si intelligente.
La voici ce jour là avec un membre de sa très grande famille.
-Ping, petit lapin au sourire resplendissant et à l’esprit vif comme le torrent qui coule des montagnes ! Je suis si heureuse.
-Chère cousine, voici ce que tu m’as commandé, trois mille exemplaires, exactement !
Le petit homme au chapeau en forme d’abat-jour, plié en deux, tend le colis en direction de notre amie.
-Merci cher cousin, voici les vingt Euros que je t’avais promis, ainsi que ce bol de riz bien mérité.
Le petit homme aux yeux bridés se sent tout ému, sa cousine est si généreuse avec lui. Ce bol de riz supplémentaire, non prévu dans le contrat lui permettra de faire vivre ses dix enfants pendant au moins une semaine.
Les larmes aux yeux, il s’agenouille devant-elle pour la remercier.
-Tu es trop bonne avec moi, chère Ya Ko Line, que Confucius t’accompagne dans ton chemin de gloire !

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N’avez-vous jamais retrouvé la photo déchirée d’un visage ?
Celle-ci a-t-elle attisé votre curiosité ?
Vous êtes-vous demandés de qui il s’agissait, quelle était son histoire, la raison de sa triste fin ?

Et bien…

On était mardi soir, je venais de garer ma voiture et fou de joie, me préparais à me rendre à mon exercice sportif préféré, quand, sur le sol, j’aperçu une photo déchirée. Dix petits morceaux qui jonchaient l’asphalte, noircies par les traces de pneus et maculées d’odeurs d’essence.
On pouvait y reconnaitre les bribes d’un visage.

Puis une dizaine de mètres plus loin, j’en aperçu une autre.

C’est alors que je décidai de les ramasser, rangeant chaque lambeau d’un ensemble dans une poche respective.

Et, je me mis à rêver, à penser à ce souvenir sciemment envolé, à imaginer qu’une rupture avait certainement provoquée ce geste définitif. 

Alors j’eus des visions.

Stan fâchée avec Mousse, l’invectivait de la plus méchante façon.
Et Mousse, triste, les bras ballants, la tête appuyée sur une colonne, tapant du bout du pied sur le sol, pleurait à chaude larmes les causes de son erreur.
« Mousse ! Disait-elle. J’en ai marre que chaque jour tu m’obliges à manger des artichauts, tu me gaves avec tes artichauts, je déteste les artichauts, t’as compris ! Et puis ça me saoule, je t’avais déjà averti, c’est décidé je te quitte. Ce terrible mot de rupture fut accompagné par ce terrible geste de démembrement de son souvenir…

Et ce fut bientôt Barham qui apparut dans mon esprit. Il était assis sur le sol, les jambes tendues droites devant lui. Il affichait une tristesse infinie en regardant son vélo électrique qui était une fois de plus, en rade. Sa décision avait-été irrévocable et sa batterie tant aimée reposait maintenant dans la panière à ordures.
Elle était devenue trop vieille, la pauvre, ne tenait plus la charge.
 Alors, il prit dans ses mains fébriles, ce souvenir heureux, datant de deux ans déjà, il posait avec elle, allongés l’un à côté de l’autre sur une plage de Marbella.
Quel beau, quel émouvant souvenir, ce magnifique instrument, lové contre son flanc.
Il eut un dernier regard à cette image de bonheur.
Puis, une dernière larme accompagna son geste fatidique…

Peut-être Meskerem !
Je me souviens de ce cliché qu’elle m’avait montré.
Celui remontant du temps de son enfance où elle posait seule, avec, tenues sous ses bras, les têtes de deux Congolais joufflus.
Elle m’avait raconté que son père, reconnaissant qu’elle est pu remplir leur garde mangé de si bonnes victuailles, avait voulu, par un cliché, immortaliser ce moment béni.

Et Ya Ko Line !
-Ping, petit mulot qui trotte si vite pour attraper des grains de blé dans une campagne fleuri. Toi que j’aime plus que tout au monde et qui m’a offert cette si belle Rolex en plastique. Je suis terriblement déçu de ton agissement. Comment as-tu pu manger des nems fabriqués par des mécréants alors que ceux venant de notre lointain pays ont un goût si délicieux !
Le pauvre Ping balbutie son acceptation :
-Ya Ko Line, jolie petite fleur des champs perdue dans un bois, entourée de mousses et de champignons, tu as raison et je suis prêt à recevoir le châtiment suprême !
C’est alors que dans un geste majestueux, Ya Ko Line dilacère devant lui, ce souvenir en papier glacé.

 

Puis, soudain je sortis de ma rêverie. C’était Manu qui m’interpellait :
-Eh Pierre, tu fais quoi ! Dépêche-toi tu vas être en retard pour le cours de body combat !

Ce soir-là, l’ambiance était étrange.
D’abord cette la corbeille, devant le club, qui débordait de détritus en papier glacé.
Et Puis, ce nombre incroyable de participants, je devrais plutôt dire de participantes qui attendaient dans la salle.
Une foultitude de jolies filles, et puis je vis Claudio, un petit gars d’allure assez marrante, exégète connu de la communauté gai qui avait disparu après la défection de notre ancien professeur, le beau, le sublime Jean-Baptiste.

La grande sauterelle n’avait plus ses deux téléphones posés devant-elle et Anne avait le sourire, un sourire radieux, son piercing d’amour avait disparu et un gros pansement recouvrait son tatouage. Celui même, qui représentait un cœur orné des initiales J.B.
« Je l’ai fait enlever » m’avait-elle murmuré.

Pui Aïda arriva, coquettement habillée, cette fois ci, avec sa bouteille de vin délicatement cachée dans du papier de journal et qui ne laissait apparaitre que le goulot.

Le cours commença, j’étais plutôt heureux d’admirer ces nouvelles jolies silhouettes.
Mais après un quart d’heure de cours, toutes semblèrent inquiètes.
Leurs visages se tournaient vers la porte et semblaient attendre la venue de quelqu’un, quelqu’un d’important, une sorte de messie qui tardait vraisemblablement à faire son apparition.

Le cours se termina et la salle se vida me laissant l’impression d’une certaine tristesse.
Les filles refusèrent de nous accompagner pour un dernier verre à la Gioconda en argumentant qu’elles n’avaient pas le cœur pour ce type de divertissement.

La soirée se termina donc, entre hommes, avec le questionnement de cette soirée si étrange.

Troublé par ces comportements inhabituels, je rentrai chez moi, lançai mon short dans la machine à laver en oubliant les bouts de photos qui y avaient été soigneusement entreposés.

 

 

On était mardi soir.
Une personne étrange m’accompagnait jusqu’à l’entrée du club.
Oui.
On s’était garé l’un à côté de l’autre et nos chemins convergeaient.
Il était habillé d’un long imperméable de pluie dont la capuche retombait sur son front, ceci malgré le temps au beau fixe. Son visage était caché derrière d’énormes lunettes de soleil et un foulard de soie recouvrait une partie de son menton.
Voyant son sac de sport, je lui demandai s’il était membre de mon club.
Il me dit que oui et qu’il allait assister au cours de body combat, qu’il n’avait pas pu venir la semaine précédente et qu’il se faisait une joie de pouvoir y assister aujourd’hui.
Je m’enquis de son accoutrement improbable et il me répondit que pour des raisons de discrétion il préférait ne pas être vu, que c’était mieux ainsi, mais, que de toute façon sa nouvelle présence serait rapidement connue, puis il ajouta en soupirant :
-Au moins cette séance me permettra de faire mon sport préféré en toute tranquillité !

Arrivé dans les vestiaires, il se déshabilla et !

Ce qu’il était beau !
Un ange, un Adonis, un ravissement du regard, d’un esthétisme parfait, un APOLLON !

 Il me regarda et je compris la gêne que mon admiration inquisitrice pouvait lui infliger :
-Excusez-moi !
-Ce n’est rien, j’ai l’habitude !
-J’ai compris, c’est la raison de votre camouflage ?
-Oui, toutes les filles m’agressent, ne me respectent pas, ne comprennent pas qu’en fait… Je suis une personne comme tout le monde et que mon physique… N’est qu’un pâle reflet de mon âme, de mon être intérieur. J’aurai aimé naitre laid ! Finit-il en me dévisageant.

Cette affirmation me vexa un tantinet, mais je compris ou fit semblant de comprendre la généralité de sa remarque.

Son arrivé dans la salle de body combat provoqua une véritable émeute ! Les filles hurlèrent leurs désirs et seule la force et prestance d’AÏda, permit d’éviter le pire, car chacune voulait le toucher, l’embrasser, l’étreindre. D’ailleurs la coquine profita de sa promiscuité protectrice pour abuser de ses mains particulièrement fureteuses.

Les body-combattantes de notre petit groupe vociférèrent également leurs désirs :

-C’est quand tu veux, où tu veux ! Cria Stan.
-Moi j’en veux bien un morceau ! Compléta Meskerem.
Ya ko line prit des photos en affirmant qu’on pourrait peut-être en faire des copies.
Mademoiselle Lapinou déclara qu’elle voulait devenir monogame.
La grande Sauterelle lança à Anne un méchant regard en lui disant que celui là il ne serait que pour elle.

Et le cours Prit son essor.
Il ne se déroula pas trop mal, malgré les circonstances.
Le merveilleux Adonis se mit devant l’estrade avec sur ses arrières, Mousse comme barrière de protection principale. Bahram s’occupait de couvrir son flanc gauche tandis que Manu prenait garde à son flanc droit.

La séance terminée, les filles ne semblaient ne plus pouvoir contenir leurs émois.
Elles voulaient toutes obtenir un rencard !
Elles essayaient à l’aide de positions et invectives scabreuses d’attirer son regard.
Quand.
Il eut une réaction qui refroidit soudain la cohue.
Le bel homme prit Claudio dans ses bras et l’embrassa fougueusement.

L’ensemble des commentaires partirent à l’unisson :
-Pfff ! Tous les beaux mecs sont des homos.
Et la salle se vida en quelques secondes.

 

 

En rentrant ce soir, fourbu d’émotions. Je retrouvai ce fameux short que j’avais lavé en y oubliant les bouts de photos. Ils étaient un peu froissés, bien entendu, mais je réussi tout de même à recomposer les deux images.
C’étaient celles de Jean-Baptiste !

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Ya Ko Line était heureuse de son idée, et de sa manie de photographier tout ce qu’elle aimait.
Elle ouvrit le paquet que lui avait donné son cousin Ping.
Dans la boite il y avait…
Des clichés de Jean-Baptiste.
Elle s’essaya à quelques imitations de dédicaces et lança ce message sur le net.
« Magnifiques photos dédicacées de J-B, dix euros l’exemplaire. ».

D’une manière fulgurante, sa boite aux lettres se mit à teinter frénétiquement.

Vive le body combat.

 

 





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